dans un même quartier, même village, même église même école pour les enfants des gens qui étaient adversaires ou les victimes et les auteurs du génocide qui ont avoué et pardonnés. c) Comment les femmes ont contribué à la réconciliation ?.
Sur base des recommandations du projet précédent concernant le juridictions Gacaca, est né un nouveau projet intitulé « Soutien à la Réconciliation et à la Réintégration Socio- économique » des rescapés du génocide, des ex-combattants et des ex-prisonniers du génocide.
Ce projet pilote est exécuté conjointement par les Organisations ARCT- Ruhuka, Duterimbere IMF-SA et Asbl, International Alert, sous la coordination du Collectif PRO FEMMES/TWESE HAMWE depuis le mois de mai 2007. Ce projet va s’exécuter pour une période pilote de deux ans dans quatre secteurs à savoir : Kimironko et Kinyinya dans le District de GASABO à Kigali; et dans les Secteurs Save et Mukindo du District de GISAGARA dans la Province du Sud.
L’objectif attribué à PRO-FEMMES est de créer l’espace d’échange et de dialogue entre les rescapés du génocide, les ex-combattants et les ex-prisonniers des districts pilotes du projet, pour renforcer la cohésion sociale et réduire le risque de conflit au niveau familial et communautaire.
L’étude de base effectuée et les témoignages de 68 leaders communautaires formés à travers ce projet ont révélé que la réconciliation est possible par quelques indicateurs :
- La cohésion entre les membres des groupes a été observée.
- Des témoignages spontanés de la part des participants ont montré que les membres du groupe cible osent dire la vérité sur le génocide et ses conséquences.
- L’ouverture de la part des participants manifestée par le fait que chaque personne voulait parler de son histoire.
- L’engagement des membres du groupe cible a été observé pour être des promoteurs de l’unité et de la réconciliation dans leurs milieux respectifs.
- La démystification de l’ethnie est amorcée à travers les questions posées et les débats.
- La formation a été une occasion de rencontre entre les rescapés du génocide, les ex- combattants et les ex-prisonniers.
- La participation à travers des jeux de rôle et des travaux de groupes lente au début a été une occasion d’expression pour les participants.
- Un ex-prisonnier de Kinyinya a pardonné une femme qui a participé au processus de son emprisonnement.
- Les participants à la formation ont compris que les membres des autres catégories doivent habiter le même village qu’eux qu’ils ont tous besoins de la paix.
- Ils se sont rendus compte qu’ils ont des problèmes communs dont la pauvreté, les blessures non encore cicatrisées, la peur et la méfiance.
- Les groupes solidaires mélangés se créent spontanément pour avoir les micros –crédit, alors que ce n’est pas la condition.
Leçons tirées :
Une femme rescapée du génocide s’est trouvée par hasard logée dans la même chambre qu’une femme ex-prisonnière, responsable de la mort des membres de sa famille. Selon leurs témoignages, le premier jour a été dur pour elles, le deuxième le dialogue a été amorcé. Soulagées toutes les deux, elles sont venues témoigner dans la salle qu’elles se sont pardonnées et réconciliées.
Retournées dans leurs familles, elles ont trouvé un terrain encore hostile, elles ont de nouveau garder la distance entre elles, elles me l’ont avoué quand j’ai partagé le repas avec les deux en faisant le suivi des résultats atteints.
Dans l’avenir, les organisateurs des formations devront être plus sensibles aux conflits éventuels qui pourraient surgir pendant la formation et faire plus d’attention aux détails tels que logement, travaux des groupes, composition d’équipe etc.
La réconciliation est un processus qui prendra le temps qu’il faut, mais il faut un accompagnement par des gens engagés mais avertis car il ne faut pas bousculer les choses.
Il faut également reconnaître le mérite de bonnes actions, car tous les Rwandais n’ont pas tué, nous connaissons aussi ceux qui ont sauvé leurs voisins ou qui ont risqué leurs vies.
Nous avons des héros parmi les femmes, les hommes et même les jeunes. Madame Agate Uwiringiyimana, Madame Félicité Niyitegeka, les enfants de Nyange et ceux de Muramba.
Nous avons instauré la « Remise du flambeau de la paix et des prix à des groupes qui se sont distingués par de bons actes pendant ou après le génocide ou des groupes qui ont été accusés de violences mais qui ont pu se ressaisir et s’orienter vers un changement positif.
Malgré ces efforts fournis pour recoudre le tissu social, le bout du tunnel est encore loin. Le poids du génocide étant encore lourd, nous continuons à promouvoir encore la culture d’une paix durable, de tolérance et de justice sociale.
Une des stratégies utilisées c’est la formation en communication non violente qui se traduit par cette phrase Marshall B. Rosenberg: « Les mots sont des fenêtres ou des murs » A cet effet nous apprenons entre autre à :
- transformer des conflits en dialogues,
- dire ce que nous désirons sans susciter d’hostilité,
- communiquer avec compassion et empathie,
- entendre derrière ce qui est dit : un merci, un s’il vous plait, ou un pardon,
Aussi Thomas d’Ansembourg dit qu’il n’y aura pas de paix le monde tant que chacun d’entre nous ne prendra pas soin de sa paix intérieure, comme un jardinier prend soin de ses fleurs chaque jour. Commençons donc à cultiver la paix à l’intérieur de nous –même ! Elle se propagera chez nos enfants et autour de nous.
Je ne prétends pas que les femmes rwandaises ont pu faire des miracles mais l’éducation à la paix c’est un processus où chacun doit mettre sa brique dans la construction.
Nous souhaitons que la génération future puisse vivre dans un pays de paix où chaque citoyen jouit de ses droits fondamentaux.
En tant que chrétiens engagés, nous pouvons y arriver en accompagnant toutes les stratégies par la force de la prière. Une prière qui m’aide chaque matin, qui est traduit en Kinyarwanda et distribué à notre groupe cible, c’est la prière de St François d’Assise. « Seigneur fais de moi un instrument de la Paix ».
Je voudrais avant de terminer mon exposé remercier encore une fois les organisateurs de cette conférence.
Suzanne RUBONEKA
Coordinatrice du Programme
Campagne Action pour la Paix.
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