Mesdames, Messieurs,
Distingués invités, 
Chers participants,

C’est avec un réel plaisir que je prends la parole pour échanger sur le thème : « Bâtir sur la Paix, la Justice et la Réconciliation »

Je salue l’initiative de la Compagnie de Jésus qui a bien voulu nous associer aux travaux de cette conférence qui je suis sûr va nous enrichir aussi. Ma communication va se baser comme il m’a été demandé sur les témoignages à partir des expériences vécues dans mon travail quotidien en rapport avec les Initiatives des Femmes Rwandaises  actrices de la paix.

Le thème qui m’est proposé est judicieux et vient à point nommé. En effet, la plupart des pays africains connaissent actuellement des guerres et conflits divers à travers lesquels un fait commun demeure : les femmes et les enfants sont les plus affectés et les plus meurtris.

En effet, selon la tradition africaine et au Rwanda en particulier, la femme constitue le cœur et le trait d’union entre les familles. Elle est mère, épouse et éducatrice. Elle donne la vie donc elle a le devoir de la protéger.

C’est pourquoi nous, les femmes, sommes interpellées pour bâtir des sociétés paisibles, démocratiques et prospères.

L’organisation que je représente est un Collectif dénommé PRO-FEMMES / TWESE HAMWE regroupant 50 associations rwandaises œuvrant pour la promotion de la femme, la paix et le développement.

La mission du Collectif PRO-FEMMES/TWESE HAMWE est de « contribuer à l’éradication de toute forme de discrimination, la promotion d’un développement humain durable basé sur la vision genre et d’une culture de la paix basée sur la justice sociale, le respect des droits de la personne, la tolérance et la non violence ».

Je vais présenter notre humble contribution à travers les 3 concept : la paix, la justice et la réconciliation.

  • Comment les femmes rwandaises ont contribué à bâtir la paix.

La paix n’est pas seulement l’absence de la guerre mais le bien-être mental, moral et social. A ce sujet le mouvement des Femmes pour la Paix est une approche incontournable car je suis sûre qu’elles détiennent la clé de la pacification, de la réconciliation et de l’éducation pour la nouvelle société. Elles ont joué un rôle primordial basé sur la promotion des valeurs visant à quitter la logique des violences pour une logique de paix.

La culture de la paix constitue une attitude, un comportement, une façon de penser et d’agir dans un monde où cohabitent des multiples cultures, dans un climat de compréhension, de tolérance et de solidarité.

La culture de la paix implique également le partage et l’utilisation des méthodes non violentes pour gérer les conflits, grâce au dialogue et à la recherche d’une solution pacifique ainsi que la concertation. Au Rwanda nous pouvons dire que la valeur de la paix n’est pas quelque chose d’importé, nous avons des indicateurs qui prouvent qu’elle est profondément enracinée dans notre tradition manifestée par la façon de se saluer de se séparer et la valeur Nyampinga attribuée à la femme.

Malheureusement le génocide de 1994 au Rwanda, a détruit toutes ses valeurs, laissant un pays complètement ruiné, un peuple traumatisé par la mort violente de plus d’un million des Rwandais. Après le génocide, la femme Rwandaise s’est vu confiée de lourdes responsabilités; l’éducation, la reconstruction du pays et du tissu social déchiré par les conflits armés. Ainsi on a vu naître plusieurs associations des Femmes, qui n’avaient pas eu le même passé historique, ni les mêmes sensibilités politiques.

Les survivantes ont pu mener une réflexion sur l’avenir qu’elles doivent réserver à leur progéniture. Elles ont décidé de gérer ensemble les conséquences du génocide.

C’est ainsi qu’en 1995, le Collectif PRO-FEMMES / TWESE HAMWE, a initié un programme « Campagne Action pour la Paix » qui vise à construire une société nouvelle, égalitaire où règne une paix durable.

Grâce à ce programme, les femmes rwandaises ont pris en charge les groupes vulnérables sans distinction d’ethnie ou de religion dont les orphelins, les veuves, les handicapés, les femmes en prison, les femmes victimes de violences, les rapatriés, les sans abris, les femmes dont les maris sont en prison, les enfants en circonstances difficiles.

Cette volonté de reconnaître les valeurs d’autrui et de dépasser les barrières historiques a prévalu au Collectif PRO-FEMMES/TH, le premier Prix UNESCO Mandajeet Singh pour la Tolérance et la Non Violence, à Paris, le 16 Novembre 1996, date correspondant à la Journée Internationale de la Tolérance.

Chaque année, à la même date, le Collectif PRO-FEMMES / TWESE HAMWE célèbre cette journée et mène une réflexion pour évaluer s’il mérite encore ce prix. Pour nous, la tolérance est l’acceptation de la différence et de la diversité qui peut être traduite en opportunités.