Workshop sur l’Advocacy
Manresa, Kinshasa du 9 au 11 juin 2008

Chers Compagnons,

Chers amis,

Avant toute autre chose, je voudrais vous souhaiter la bienvenue au Centre spirituel Manresa. En cette année 2008, le Centre Spirituel Manresa qui nous accueille aujourd’hui et les jours suivants totalise 50 ans d’existence. En 50 ans, il a vu passer plusieurs personnes qui sont venues discerner la volonté de Dieu dans leur vie, dans leur mission, dans leur travail ou dans leurs ministères. Elles sont venues contempler leur vie face à Dieu, à elles-mêmes, aux autres et face à l’humanité.
Aujourd’hui, notre workshop sur l’Advocacy (plaidoyer) s’inscrit dans la logique de la spiritualité ignatienne de la contemplation de l’incarnation qui nous invite à regarder la surface ou la sphère de l’univers (ici, il s’agit de voir, entendre ce qui se passe en Afrique) et à envisager ce que, forts de notre foi et avec la grâce de Dieu, nous pouvons faire pour apporter une parole d’espérance pour le monde (Cf. ES 101). La contemplation de l’incarnation qui rejoint comme en un exit final la contemplation pour parvenir à l’amour où nous réalisons comment, en toute raison et justice, nous sommes invités à user des biens de la création sans nous aliéner Dieu et les autres en développant des relations justes et vraies avec tous (Cf. ES 234 ; CG 35, d. 3, nn. 18-36).
Plus que « contempler », il s’agit de réfléchir et d’agir ensemble pour répondre aux défis que nous lance notre mission dans le contexte d’un monde globalisé. En d’autres termes, notre contemplation du monde globalisé, soit dans la perspective de l’incarnation, soit dans celle de la contemplation pour parvenir à l’amour, nous met en face de défis énormes avec des conséquences plus ou moins tragiques pour l’humanité. Je citerai à titre d’exemples l’exploitation abusive des ressources naturelles, la déforestation et ses conséquences sur l’environnement, la migration, la flambée du prix du pétrole, la crise alimentaire qui s’annonce dramatique, funeste pour les plus pauvres, l’accès déséquilibré à l’eau potable, aux soins de santé, à l’éducation, etc.

« Dans ce contexte global, il est important de souligner le potentiel extraordinaire que nous avons comme corps international et multiculturel. Mettre en œuvre les possibilités que cela nous donne peut non seulement accroître l’efficacité apostolique de notre travail, mais également, dans un monde fragmenté et divisé, témoigner de la réconciliation dans la solidarité de tous les enfants de Dieu » (CG 35, d. 3, n. 43). C’est le sens que revêt cette réunion à laquelle vous participez et qui nous a fait parcourir des kilomètres pour nous retrouver dans le calme de ce Centre Spirituel au cœur de l’Afrique. Je suis sûr qu’elle sera riche en enseignements et en renseignements, en informations, en découvertes pour chacun dans sa mission ou dans son travail.

Le workshop sur l’Advocacy fait suite à la réunion tenue à Nairobi en décembre 2007 qui a envisagé une vision apostolique de la Compagnie de Jésus pour l’Afrique où nos peuples jouissent de la vie, vivent dans la paix et la justice, et prennent en charge leur propre développement ; une vision qui découle de notre charisme et de notre amour pour l’Evangile et pour l’Afrique. Au terme de cette réunion, il était apparu que l’éducation et l’Advocacy figurent parmi les activités principales susceptibles d’aider, à travers diverses stratégies et actions, à la réalisation de cette vision.

Le présent workshop est un partage sur les différentes expériences sur l’Advocacy vécues à travers le continent et ailleurs. C’est un exercice d’écoute patiente des uns et des autres pour développer une position commune sur l’Advocacy ignatien pour l’Afrique et qui sera une contribution à la vision d’ensemble que la Compagnie de Jésus voudrait développer lors de la réunion en novembre prochain en Espagne.
Je me réjouis de cette initiative qui, comme nous l’avions souhaité lors de la CG 35, permettra à la Compagnie d’être, sans prétention mais de manière efficace, au carrefour des idéologies modernes et fera entendre la voix de la Compagnie en certains lieux où se prennent des décisions concernant l’avenir de notre humanité.

A ce sujet, il me revient comme en écho les propos du Pape Benoît XVI le 21 février dernier aux membres de la CG 35 et que je voudrais reprendre au début de ce workshop : « Votre Congrégation se déroule en une période de grands changements sociaux, économiques et politiques ; de graves problèmes éthiques, culturels, environnementaux, et de conflits de toutes sortes, mais aussi de communications plus intenses entre les peuples, de possibilités nouvelles de connaissance et de dialogue, et d’aspirations profondes à la paix. Ces situations interpellent profondément l’Eglise catholique et sa capacité d’annoncer à nos contemporains la Parole d’espérance et de salut » (…). Les nouvelles causes de pauvreté et de marginalisation ne manquent malheureusement pas en ce monde marqué par de graves déséquilibres économiques et écologiques, par un processus de mondialisation où l’égoïsme l’emporte sur la solidarité, par des conflits armés dévastateurs et absurdes (…). Il est donc naturel que ceux qui veulent être de vrais compagnons de Jésus, partagent réellement son amour pour les pauvres. Pour nous, le choix des pauvres n’est pas un choix idéologique, il naît de l’Evangile. Innombrables et dramatiques sont les situations d’injustice et de pauvreté dans le monde d’aujourd’hui, et s’il faut s’engager à en comprendre et à en combattre les causes structurelles, il faut également savoir descendre jusque dans le cœur même de l’homme pour combattre les racines profondes du mal, le péché qui le sépare de Dieu, sans oublier d’aller au-devant des besoins les plus urgents dans l’esprit de la charité du Christ ».

C’est cette vision de l’Advocacy que la Compagnie devrait avoir et se faire pour répondre aux défis lancés à notre mission (le service de la foi) et son principe intégrateur (la foi orientée vers la justice du Royaume). C’est mon vœu le plus ardent à travers ce mot d’ouverture en vous souhaitant encore une fois un bon séjour dans la Province d’Afrique Centrale, spécialement dans ce cadre paisible du Centre Spirituel Manresa où je suis sûr que vos travaux seront fructueux et vos riches échanges instructifs pour notre mission en Afrique et dans le monde.

Je vous remercie.

Bafuidinsoni Maloko-Mana, sj.

Provincial de l’ACE