JOURNEE DU 15 JUILLET 02La journée du 15 juillet 02 s’est ouverte avec l’allocution du Père de Jaer, La Source et Inspiration de la Vie de Pauvreté dans la Compagnie de Jésus. Rappelant le consumérisme outré et les injustices sociales criantes qui marquent les sociétés dans lesquelles nous sommes appelés à oeuvrer et la marginalisation engendré par un monde globalisant, le Père de Jaer insista d’emblée sur le fait que la pauvreté évangélique est un signe de contestation sociale, un don divin qu’il nous est donné de vivre sur les pas de notre Père Ignace. L’orateur du jour axa son exposé sur deux points : les étapes majeures de la vie d’Ignace et ses compagnons en ce qui regarde la pauvreté et l’actualisation du don donné à Ignace dans les contextes de nos sociétés. Quatre périodes furent définies dans la vie d’Ignace et les premiers compagnons :
A travers ces périodes de formation personnelle et de croissance spirituelle, on voit Ignace vivre la pauvreté d’une façon différentielle, selon les circonstances de temps et de lieux. Ainsi l’on voit le converti pèlerin de Manresa, pauvre et démuni, accepter de vivre d’aumônes annuelles et de revenu stable pour assurer sa vie d’étudiant. A Venise, Maître Ignace et ses compagnons, quoique diplômés en art de l’Université parisienne, ne se défont pas des pauvres et des petits et reçoivent le sobriquet de « prêtres spontanément pauvres du Christ. » Et après 1547, le temps de la fondation des collèges, on voit Ignace brasser de gros moyens matériels mais garde son pied d’attache dans la réalité de la souffrance du monde de son temps, dans son agir propre et dans les recommandations qu’il donne à ses compagnons. C’est cet Ignace qui nous invite à emprunter le chemin de la pauvreté, rempart de la vie religieuse (Constitutions #553), de l’embrasser comme un don divin et de la chérir comme une mère (Constituions #287.) Comment traduire cet idéal ignatien de pauvreté dans les situations concrètes de nos sociétés ? Parcourant les textes des congrégations générales 31 ème, 32 ème et 34 ème, le Père de Jaer expliqua qu’il ne suffit pas d’avoir de bonnes normes juridiques pour être en règle avec la pauvreté. Car la pauvreté est une manière de vivre à inventer continuellement dans notre service de la mission du Christ. Être attentifs à notre style de vie, être transparent dans nos comptes, rester proches des pauvres,... (cf. CG 34, décret 9) pourra inspirer notre enthousiasme à embrasser la pauvreté jésuite comme une grâce. Les discussions en groupe se déroulèrent sur deux volées. D’abord un partage sur ce qui touche, éclaire ou fait résister, et puis réfléchir sur deux questions :
Mise en communDans leurs premières impressions, les groupes relèvent le fait que la voie ignatienne nous présente une voie unique et multiple de vivre la pauvreté. Elle est unique dans sa nature et multiple dans son expression. En effet, le partage dans les groupes sur ce qui touche et éclaire, fait remarquer à plusieurs reprises l’appréciation de la pauvreté conçue comme don divin, comme total abandon et confiance en Dieu, comme indifférence et détachement à l’égard des possessions matérielles, comme partage avec ceux qui ont moins, et enfin, comme proximité des pauvres et des petits. Plus d’un apprécie le fait que la pauvreté jésuite ne soit pas une série de normes et règles à appliquer, mais un chemin à marcher, un vécu qu’il nous faut continuellement évaluer et ajuster personnellement et communautairement. Quant à ce qui pose question, un groupe relève la difficulté de vivre l’expérience de la gratuité dans un monde dominé par l’individualisme et l’économie du marché. Nous sommes souvent pris dans la mouvance du siècle et ne pas faire comme les autres demeure un défi constant. Comment ce don de pauvreté est-il vécu concrètement dans les communautés de la Région ? Le vécu de la pauvreté dans les maisons de la région est différemment apprécié dans les partages en groupes. Ainsi, un groupe souligne que le fait de dépendre entièrement de la communauté, de vaquer aux différentes activités de la communauté (cuisine, vaisselle...) est l’une des expressions de la pauvreté jésuite. Le travail de compassion et d’écoute des gens qui viennent demander services et chercher conseils est aussi expression de notre pauvreté jésuite. Cependant, un groupe relève que le standing de nos communautés est souvent élevé, que les gens que nous côtoyons sont souvent des riches et que, malgré notre souci d’intégrer les pauvres, seuls les riches peuvent se payer les services que nous offrons, l’éducation par exemple. Un autre groupe déplore que l’accès aux biens communautaires, ne soit pas équitable. C’est le cas des moyens de déplacement, téléphones, etc. L’exemple de ceux qui accaparent les biens communautaires pour un usage exclusivement personnel a été cité. Un autre groupe relève la tension entre l’idéal de pauvreté à vivre et la fonction de ministre qui doit satisfaire les besoins des membres de la communauté, ainsi que la difficulté de convaincre le milieu environnant de notre propre dénuement quand nous sommes d’emblée ciblés comme appartenant à une institution riche. La difficulté de vivre la pauvreté devient plus accrue quand on pense à des institutions jésuites comprenant aussi de laïcs, tel que le JRS. Ainsi, un membre d’un groupe nous fit observer la difficulté d’imposer un style de vie jésuite dans une telle communauté. Cependant il nous fit aussi remarquer que les membres de la Communauté de JRS vivent de leurs salaires et qu’ils vivent dans un style relativement sobre par rapport aux autres organisations humanitaires. Recommandations
Pour moi, la pauvreté est-elle une grâce ? Si oui comment la faire fructifier ?Les différents groupes ont relevé que la pauvreté est bien un don et une grâce à faire fructifier. Elle est une responsabilité à gérer et une vraie école du partage. Les différents groupes enfin dénotent que la pauvreté est bien un chemin à marcher, non pas à coup de bâtons, mais dans un esprit d’ouverture, attentif à notre propre style de vie et celui de nos communautés. JOURNEE DU 16 JUILLET 02Avec le Père Jean Claude Michel, la journée du 16 juillet 02 fut consacrée à la pratique de la vie pauvre jésuite dans nos maisons, nos oeuvres et les différentes maisons de formation où les scolastiques de la Région sont envoyés aux études. Pour alimenter nos discussions, l’orateur du jour axa son exposé sur les questions qu’il recueillit de l’assemblée. En voici quelques échantillons :
Sans entrer dans les détails des réponses données aux différentes questions, je relaterai ici les moments forts de l’exposé du Père Jean Claude Michel. 1. Nos communautés vivent au-delà de leurs moyens. En effet, alors que la pension journalière et par personne est estimée à 13US$ dans les communautés apostoliques de la Région -Lycée du St Esprit, Centre Spirituel de Kiriri et Centre Christus-, il s’avère que les masses salariales des membres de ces communautés n’assureraient que le tiers de la pension journalière. Bien plus les moyens disponibles pour pallier la situation sont provisoires dans la plupart des cas. Le cas de la Communauté du St Esprit où la pension des pères belges de la communauté est la seule source d’extra revenus illustre bien ce à quoi tient la survie de certaines communautés. Par conséquent, si le salaire mensuel n’arrive pas à couvrir la pension journalière de nos communautés, note le Père J.C Michel, notre responsabilité commune nous enjoint que quiconque peut trouver de l’argent quelque part, l’apporte à la communauté et que les services rendus en usant des biens communautaires -tel que voitures- soient rémunérés. 2. Notre style de vie devrait prendre comme repère de discernement celui d’une famille modeste au Rwanda comme au Burundi Familier des chiffres, le père JC Michel partit du fait que un licencié (i.e. porteur d’une maîtrise ou Master’s degree), dans nos pays, ne gagne que la modique somme de 3,5 US$ par jour. La vie de l’homme ou de la femme à qui échoit la responsabilité de faire vivre une famille d’un tel per diem, commente le père JC Michel, devrait nourrir le discernement des choix de notre propre style de vie ainsi que celui de nos communautés. Les formes de notre « modus vivendi » devront constamment se référer à ce que peut se permettre une famille modeste. Nous devons, dit le père JC Michel, savoir que les gens qui ont fait les mêmes études que nous gagnent difficilement leur vie. Bien plus nous devons être crédibles dans notre manière de vivre, et, dans la mesure du possible, éviter de vivre en marge de ceux et celles avec qui nous travaillons. Notre pauvreté doit être un facteur de communion. Constamment en référence aux 6 repères de la vie pauvre jésuite, tels que décrits dans le décret 9 de la 34 ème Congrégation Générale, le facilitateur du jour insista aussi sur l’importance de la transparence dans les comptes personnel et communautaire ainsi que du discernement personnel et communautaire dans l’usage des biens communs. 3. Notre pauvreté doit nous rendre proche et accueillant à l’égard du pauvre La communication du Père Jean Claude Michel se fit encore retentissant dans son invitation lancée aux jeunes en formation à rester proches des pauvres ainsi qu’à faire de nos communautés des lieux accueillant pour le pauvre. En effet, comme dirait le Père Arrupe, dans son allocution sur l’insertion dans le monde, « il nous faut apprendre à être questionnés par le monde qui subit l’injustice, et à recevoir des hommes ce qui ne s’apprend ni dans les livres ni dans les laboratoires : cette science évangélique qui ne s’acquiert qu’au contact et par l’expérience de la vie réelle de ceux qui souffrent. » Le défi qui nous est lancé est que nous devons être, dans nos ministères, non seulement des éléments de contestation sociale mais aussi des germes d’espérance pour le pauvre. Deux questions furent soumises à l’assemblée pour la discussion en groupes:
1. Comment rendre compte à des tierces personnes de ma pauvreté jésuite ? Dire ce qui est perceptible et donner le sens que cela a. Avec le poids d’histoire et de prestige lié à nos institutions jésuites dans la Région, il reste difficile de rendre perceptible le sens et la nature de notre pauvreté jésuite. Bien plus le fait que les communautés soient souvent liées aux oeuvres qu’elles servent rend la simplicité et l’intimité de notre vie communautaire difficilement perceptible à de tierces personnes. Comment dès lors témoigner de ma pauvreté jésuite ? Un premier groupe relève la difficulté de rendre perceptible notre pauvreté dans la situation de misère et de dénuement qui touche les gens que nous servons. En plus, le peu auquel nous pouvons donner quelque sens est perçu par l’entourage comme de l’égoïsme et de l’hypocrisie. Cependant, notre pauvreté peut être perceptible dans l’accueil et l’écoute que nous réservons au pauvre ; dans une inlassable oeuvre de dénonciation d’injustices qui stigmatisent nos sociétés (burundaise et rwandaise) ainsi que les sociétés nanties dont l’oeuvre globalisante demeure sans merci pour les pays pauvres. Un second groupe fait remarquer que notre pauvreté sera perceptible dans les choix que nous faisons de nos ministères principaux et secondaires. En effet, les pauvres seront toujours avec nous, cependant, rien ne nous dédouane de notre libre choix à être pauvre à la suite du Christ et à le servir dans les plus petits. Ainsi, des ministères auprès des groupes de veuves, orphelins, réfugiés et déplacés de guerre, malades et prisonniers sont à valoriser. Plus introspectif, un troisième groupe souligne que l’attention à des détails de notre style de vie, à la gestion de notre responsabilité commune (factures pour la maison) ; la clarté des comptes personnels et communautaires ; le sérieux dans les études ; est aussi un trait majeur de notre pauvreté. Le reste des réponses provenant des différents groupes furent tous azimuts, émergeant d’un partage sur l’exposé général du père JC Michel que des réponses directes à la question posée. Ainsi, les groupes relèvent la difficulté à définir ce que peut être une famille modeste au Burundi ou au Rwanda. Dans nos sociétés, les fonctionnaires de l’état sont sous-payés ; pouvons-nous dès lors trouver facilement des modèles de famille modeste standard à imiter ? Et d’autres insistent sur le fait qu’en témoignant de notre imitation du Christ pauvre ; de notre détachement à l’égard des possessions matérielles ; notre pauvreté n’aura de sens que si elle est libératrice, affranchissante, un réel service qui relève le pauvre de sa pauvreté. En effet, remarque le père Arrupe, « la pauvreté ne peut être conçue aujourd’hui comme une simple restriction, sans relation avec le drame humain : elle doit assumer les formes qui aident davantage la communauté des hommes dans la situation critique où elle se trouve. » 2. Avez-vous des suggestions à faire à la Région pour que nous vivions davantage ce joyau ? Des suggestions et recommandations des groupes sont aussi multiples. J’en donne ci-après quelques points saillants.
Donner un exemple de justice et de solidarité avec les pauvres en rémunérant justement nos ouvriers. |