Soixante ans de vie consacrée
Le Père Jean Claude Michel s.j., économe de la Région Rwanda Burundi, était entré au noviciat des jésuites le 14 septembre 1946, à Arlon, en Belgique. A l’occasion de ses soixante ans de vie religieuse jésuite, nous lui avons posé quelques questions.
- En relisant le chemin parcouru depuis le noviciat jusqu’à ce jour, pouvez-vous repérer et expliciter ce qui vous a le plus aidé dans votre cheminement ?
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Le jeune novice de moins de vingt ans avait en tête des modèles de vie jésuite : un Père Férard, scolastique, qui fut son professeur en troisième latine ; un Père Javaux, prêtre qui fut son professeur de rhétorique et son accompagnateur spirituel ; et aussi un Père Desclée, missionnaire au Congo, |
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connu à travers un livre, ou même un Père Van Hencxthoven, fondateur de la mission du Kwango, connu également par sa biographie. Et il eut aussi le témoignage de rigueur spirituelle, d’élan apostolique, de bonté qui lui fut donné par ses Pères Maîtres et leurs Assistants. |
Je crois que ce qui m’a le plus aidé dans le cheminement offert par Dieu depuis soixante ans, ce sont les compagnons jésuites ; et ce sont toutes les personnes qui ont croisé ma route, spécialement les prêtres, religieux et religieuses. L’attachement très fort à une vie consacrée comme compagnon de Jésus, je le dois à des saints comme le Père Delcuve à Eegenhoven, le Père Janssens à Leuven et Heverlee, le Père Delchard à Saint Martin d’Ablois ; cela pour les temps de formation. Je le dois aussi aux « spirituels » qui n’ont cessé de m’interpeller pour que j’avance dans l’amitié de Jésus : le Père De Voghel et le Père Cardol à Léopoldville ; le Père Pasupasu, le Père Thienpont, le Père Folon, le Père Da Vià à Kinshasa, le Père Rycx, le Père Cheville à Kikwit ; le Père Mununu trappiste, le Père Matadi, le Frère Nyanza ; le Père Ekwa, le Père Boka ( dont nous venons d’apprendre le décès le 7 à Abidjan) ; le Père Préat, le Père Mahame, le Père Barakana ; et tant d’autres. Samedi et dimanche dernier, durant l’assemblée de la CVX Rwanda, j’éprouvais une grande consolation spirituelle en regardant et en écoutant tant de personnes dont la vie ne peut pas s’expliquer sans la référence à Jésus Christ. La qualité de vie de ceux et celles qui ont appris à connaître et à suivre le Fils de Dieu fait homme est un des principaux canaux par lesquels Jésus m’a redit son amour et m’a appelé à m’attacher à Lui sans retour, totalement, malgré bien des faiblesses.
- Quelles sont, d’après vous, les exigences les plus importantes de la vie religieuse ? Comment avez-vous les vivre ?
Sans employer le mot « exigence », j’aimerais répondre à ces questions en disant : être un passionné de Jésus Christ. Les vœux prennent tout leur sens en raison de l’amour que Dieu nous porte et que nous tâchons de vivre à la manière de Jésus. La vie de communauté prend son sens dans la mesure où elle est partagée d’une amitié commune enracinée en Jésus.
Mais il est vrai que cette passion ne fait pas l’économie de certaines exigences : l’oraison personnelle, l’accompagnement spirituel, le sacrement de réconciliation, les partages d’expériences en communauté. Sous cet aspect je dois bien reconnaître que les soixante années de vie consacrée ont été soixante années de lutte : dans une vie très active, j’ai souvent eu peine à protéger l’oraison du soir, et surtout l’arrêt priant où au milieu de la journée ; grâces à Dieu, l’oraison du matin ne fut jamais un problème ; trouver et rester fidèle à des rencontres régulières avec un accompagnateur spirituel et un confesseur, ce fut toujours une gageure en dehors des maisons de formation. Mais Dieu merci, je n’ai jamais laissé tomber les bras ; bénéficier d’une vie de communauté où le partage de vie spirituelle et apostolique est régulier
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