Histoire d’une vocation.
Je suis né le 11 mai 1982 à Bukomero, district de Muhanga, Province du Sud, de parents Burundais qui avaient fui la guerre de 1972 qui sévissait au Burundi. Contrairement à plusieurs familles dont les enfants s’orientent dans la vie religieuse, je n’ai pas grandi dans une famille où l’on récite le chapelet au moins une fois par semaine, où l’on prie, le soir, autour d’une pieuse bougie quand les enfants, fatigués, somnolent timidement et se réveillent de temps en temps pour battre la mesure de leurs têtes. Si une obligation m’a été imposée, et la seule à ma souvenance, c’était d’étudier et de réussir. En dehors de la classe et de ses obligations, ce qui me distinguait, c’était plutôt d’être scout, acrobate…
J’ai fait les deux premières années primaires à Bukomero, et le reste à Kabgayi. La famille avait quitté Bukomero pour habiter Kamatongo, à quelques mètres de l’hôtel Tourisme visible de la route, à 2 kilomètres de la paroisse Saint André de Ruhina. En 1994, quand le génocide éclatait, j’étais en 6ème année.
Pour avoir vécu avec des frères maristes à Byimana, je m’étais fixé une idée en tête : je devais être prêtre ou quelqu’un qui bosse pour le bon Dieu. Encore jeune, je ne comprenais pas la portée de ces mots, heureusement que cette idée ne m’a jamais quitté. Seules ont changé les motivations.
A Kamatongo, pour avoir longtemps vécu avec les acrobates de la Cité des jeunes Ruli « Don Bosco » et pour avoir lu une biographie en bande dessinée de Don Bosco, j’ai eu le désir de me faire Salésien. Etre salésien signifiait pour moi : être toujours avec les gosses, faire le cirque avec les gosses, jouer, marcher sur une corde raide à 10 mètres du sol comme le faisait Don Bosco encore jeune. Certes, en 6ème année je m’étais fait inscrire pour l’examen d’entrée au petit séminaire, mais c’était pour devenir salésien plus tard, avec ce que signifiait salésien pour moi.
Malheureusement il y a eu cette guerre de malheur. J’ai quitté le Rwanda pour le Zaïre. Le Zaïre avec ses camps, ses guerres…Le Zaïre dans des aventures inouïes pour survivre : à travers Goma, Bukavu, Uvira, Luvungi…et Dieu, mon Dieu mourut au Zaïre par inanition ; je le perdis de vue au milieu des tourments.
Plus tard, je me suis retrouvé dans un petit séminaire au Burundi. Les 7 ans passés au séminaire n’ont pas été des vacances au bord de la mer. Au séminaire, c’est là que le moteur, pour avoir longtemps travaillé sans répit, est tombé en panne. Durant le temps passé au séminaire, grâce aux différentes rencontres avec des directeurs spirituels et des thérapeutes, j’ai pu me rétablir et recouvrer l’équilibre intérieur.
Un bon matin, accompagné de mon grand frère, je suis allé voir Feu Elie KOMA, sj qui était alors au Lycée du Saint Esprit à Bujumbura. Il m’a bien accueilli. De retour à la maison, je me suis dit : « Mon vieux Thierry, il faut que tu penses à ta vie ». J’ai lu les quelques documents que le Père KOMA m’avait donnés et j’ai été fasciné par la Compagnie de Jésus…
Quand j’ai terminé les Lettres Modernes au séminaire « Sainte Famille de Nazareth » de Mugera, j’ai fait l’examen d’Etat comme tout le monde. J’ai eu la chance d’avoir une bourse pour la Russie et une autre pour l’Algérie. Si le 24/07/2006, je suis entré au Noviciat Jésuite, ce n’est pas parce que j’avais peur ou des skinheads russes ou des attentats en Algérie ; c’est que…«Seigneur, tu m’as séduit et je me suis laissé séduire. Tu m’as maîtrisé, mon Dieu. Tu as été le plus fort, tu as été le plus fort. » - selon les belles paroles du chant inspiré par le prophète Jérémie. Et voilà. Au Noviciat, accompagné du Père Maître André Bouillot, j’ai retrouvé le bon Dieu et le goût et la saveur de la Vie. Je suis très content au noviciat.
Pas fameux, mais c’est ma vie, ça !
Le 01/01/2008,
Thierry MANIRAMBONA.
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