CONTRIBUTION DE LA PEINE ALTERNATIVE A L’EMPRISONNEMENT DE TRAVAUX D’INTERET GENERAL (T.I.G) AU PROCESSUS DE RECONCILIATION: FORCES ET FAIBLESSES DU SYSTEME

  • INTRODUCTION

 La de peine alternative à l’emprisonnement de Travaux d’Intérêt Général (T.I.G) a été introduite dans le système répressif rwandais par la Loi Organique portant création, organisation et compétences des juridictions GACACA instituées pour poursuivre et juger les présumés auteurs du génocide et d’autres crimes contre l’humanité commis au Rwanda entre le 01 octobre 1990 et le 31 décembre 1994 classées en deuxième catégorie, qui ont avoué leurs crimes, plaidé coupables et demandé pardon.

II. VISION DONNEE AUX TIG

  • Mise en place d’une forme de peine de nature à renforcer le processus de l’unité et de la réconciliation nationale, tout en contribuant au développement socio-économique du pays.

III. ORGANISATION ET MISSION

3.1. Organes

. Le Comité National de TIG

. Le Secrétariat Exécutif du Comité National de TIG

. Le Comité chargé de TIG au niveau du District

. Le Comité chargé de TIG au niveau du Secteur

3.2. Attributions

. Recenser les condamnés aux TIG;

. Les affecter dans des Travaux d’Intérêt Général;

. Assurer la coordination, le suivi et l’évaluation de l’exécution de ces travaux;

. Veiller à un accompagnement basé sur un certain nombre de programmes visant la réinsertion sociale du tigiste dans la Société.

IV. L’APPORT DE T.I.G. DANS LE PROCESSUS DE RECONCILIATION

4.1. QUELQUES REALISATIONS

La construction des maisons pour survivants du génocide les plus démunis et pour autres sans abris.

 

 


Dans l’ensemble, 800 maisons sont achevées et 225 autres sont encore en construction.

La taille des pierres pour la construction des routes pavées

  • Aujourd’hui, deux camps s’occupent de la taille des pierres et leur production est évaluée à 5.412.002 pièces.
  • Plus de 13 Kilomètres de routes pavées ont été construites dans la Ville de Kigali
  • 48.880 Km de routes en terre battue ont été créées.
  • Une des routes pavées construites grâce aux pierres taillées

L’emménagement des terrasses radicales pour la protection de l’environnement

  • Au total, 883 ha de terrasses radicales et 150 Km de terrasses progressives vient d’être emménagées, le processus continue et l’objectif de l’année 2008 est d’arranger les terrasses radicales sur une étendue de 3.000 ha.

La formation, la sensibilisation et la réinsertion sociale

  • Après les travaux, des conférences-débats au profit des tigistes sont animées par des officiels pour leur assurer l’accès à l’information d’actualité sur la vie nationale

Les tigistes sont encouragés à procéder au dépistage volontaire du VIH-SIDA

4.2. Autres résultats

Tigistes ayant débuté leur peine jusqu’ à ce jour:

44.995

Tigistes ayant achevé leur peine et réintégré leurs familles:

1.759

Nombre de conférences-débats ayant été tenues:

 

342

Nombre de tigistes ayant fui les camps :

339 soit 0,15‰

Nombre de tigistes ayant résisté à leur peine et remis à la prison:

 

Nombre de tigistes ayant appris l’alphabétisation fonctionnelle dans les camps TIG:

407

Nombre de tigistes ayant appris la maçonnerie dans les camps TIG:

2.928

Nombre de tigistes qui, après

dépistage volontaire du VIH

SIDA sont sous tri- thérapie:

 

73/1.689

Nombre de tigistes ayant appris la technique de la taille des pierres pour paver les routes

1.803

Nombre de tigistes ayant appris les techniques liées aux terrasses radicales

7.570

V. FORCES ET FAIBLESSES DU SYSTEME

 5.1. FORCES:

  • La volonté politique d’unir les Rwandais et de soutenir le programme de TIG;
  • Des efforts manifestes réalisés par les rwandais dans le processus de l’Unité et de la réconciliation (droit d’accès à l’école, à l’armée, au travail…,;
  • La disponibilité des projets devant être exécutés dans le cadre de TIG;
  • La rentabilité et la durabilité des projets de développement exécutés par les tigistes;
  • Le désir sans cesse exprimé par les tigistes, d’exécuter des travaux de nature à bénéficier directement aux survivants du génocide.

5.2. FAIBLESSES:

  • La persistance de l’idéologie du génocide chez certaines catégories de la population;
  • Le mauvais comportement de certains tigistes de nature à décourager leurs collègues;
  • L’accroissement considérable du nombre de personnes condamnées au TIG par rapport à la capacité d’accueil;
  • L’implication insuffisante de certaines autorités de la base et de bien d’autres partenaires au développement socio-économique du pays dans l’organisation, la coordination et le suivi de l’exécution de travaux d’intérêt général;
  • Le caractère nouveau de cette forme de peine et de son système de gestion;
  • Le difficile rapport entre la gravité du crime de génocide et la peine alternative de TIG;
  • La vivacité des scènes horribles dans certains esprits;
  • Persistance des divergences d’interprétation: amnistie voilée pour les uns, travail forcé pour les autres;
  • Le salut dans la fuite: “La psychologie du légiste/Prêtre/Lévite” de Saint Luc 10,25-37;
  • La crainte du face à face offensé - repentant;
  • Hétérogénéité, diversité d’expériences et risque de perte dans la masse;
  • Le danger de progression grégaire sans accompagnement individuel adéquat;
  • Le risque de ne s’occuper que du matériel en oubliant ou laissant de côté le spirituel/le psycho-social.

VI. CONCLUSION

  • L’histoire du Rwanda et le génocide qui a été perpétré contre les Tutsi en 1994 ont fortement marqué les individus et la Société au plus profond de ce qu’ils sont;
  • Reconstituer le tissu social et bâtir l’avenir sur la Paix, la Justice et la Réconciliation sont un impératif et devraient être l’œuvre de toutes les parties prenantes;
  • Le Gouvernement rwandais a opté pour une peine alternative à l’emprisonnement de TIG pour répondre à l’idéal susmentionné et le système vient à peine d’être mis sur les rails. Quoique promettant, beaucoup de choses restent encore à repenser, tels le dépassement de la simple gestion de masse vers l’accompagnement des individus dans leur singularité, le développement des mécanismes susceptibles de déclancher des interactions à même de briser les barrières et de faire renaître des hommes nouveaux, confiants les uns envers les autres, déterminés à bâtir un monde meilleur.
  • La réflexion sur le TIG et sur l’après -TIG doit poursuivre son cours et intéresser tous les partenaires (Gvnt, Ste Civile, ONGs…).

Par Anastase NABAHIRE.

Secrétaire Exécutif Adjoint du Comité National de TIG.