J.R.S. RWANDA

Le samedi 19 avril 2008, les jésuites de Kigali ont rencontré des délégués du JRS Rwanda pour un échange d’information dans un style familier et fraternel. Etaient présents : Sœur Irène, sœur Odette, Monsieur Séverin de kibuye, Madame Daydon, Monsieur Jean Marie Vianney de Byumba ; les Pères Augustin et Jean-Claude, et le Frère Alphonse de Kimironko ; les Pères Octave, Emmanuel, Pierre Corneille et Yves René de Remera. Les échanges furent suivis d’une Eucharistie communautaire présidée par le Père Augustin. Et tous les participants partagèrent le repas avant de rejoindre chacun son lieu de travail.

L’équipe de Rédaction de Tubane a jugé utile de partager les informations reçues avec tous les membres de la Région.

** Sœur Irène, vous êtes Directrice nationale du JRS Rwanda et responsable des activités JRS au camp Kiziba de Kibuye, pourriez-vous nous brosser un tableau d’ensemble des services du JRS au Rwanda ?

Je crois que le plus simple, c’est de vous dire quelques mots sur les dix « projets » qui sont actuellement gérés dans les deux camps de réfugiés congolais de Kiziba et de Gihembe où se trouvent plus de 30.000 personnes. Les activités sont analogues dans les deux camps, et le nombre de bénéficiaires est réparti assez également entre les deux localisations.

1º Ecole maternelle : nous accueillons des enfants ayant atteint l’age de quatre et de cinq ans ; il y a un peu plus de 1400 enfants, 44 éducatrices (réfugiées) , et 2 directrices (non réfugiées)

2º Ecole primaire : plus de 8.400 élèves se trouvent dans quelque 160 classes construites en torchis mais couvertes de tôles, équipées de bancs rudimentaires (sauf quelques classes Qui ont des bancs scolaires) ; il y a deux coordinateurs (non réfugiés), quatre directeurs (réfugiés), 2 Animateurs et 172 enseignants (tous réfugiés).

3° Ecole secondaire : les classes du tronc commun sont organisées dans les camps ; elles sont peuplées de 1500 enfants.

4° Bourses d’études ; les élèves qui ont pu accéder aux sections ultérieurs sont envoyés dans des écoles en dehors des camps, grâce à des bourses d’études ; ils sont 470 à l’heure actuelle.

5° Centre éducatif Raphaëlle Marie : une nouveauté qui a débuté cette année à Kiziba et qui va démarrer sous peu à Gihembe ; ce sont des formations de six mois pour des groupes restreints de jeunes (50filles, 25 garçons) afin de leur donner un minimum de savoir faire lorsque aucune formation formelle ne peut plus les accueillir.

6° Service aux vulnérables : le souci principal du JRS ; accompagner les personnes qui sont dans un état extrême de fragilité ; il touche actuellement plus de 750 personnes.

7° Sports, culture, loisirs : compétitions, cineforums, danses, conférences, échanges, tout ce qui peut occuper et éduquer des jeunes ; près de 5000 jeunes fréquentent ce service, qui est également ouvert aux «moins jeunes».

8° Art culinaire : n’existe qu’à Kiziba pour le moment ; lors de la réduction des budgets en 2006, la formation aux métiers a été interrompue ; elle était d’ailleurs moins nécessaire ; toutefois pour l’art culinaire il y a encore une forte demande car la majorité des jeunes formés en cuisine trouve place en dehors du camp

9° Associations génératrices de revenus : les personnes formées aux métiers ont constitué des associations qui travaillent pour des clients en dehors du camp, p.ex en coupe couture (une commande de 1200 uniformes et en tricot ; JRS offre cadre et appui.

10° Formation des enseignants : en raison de la grande faiblesse des compétences deds instituteurs et professeurs, et aussi en raison de la grande mobilité de ce personnel scolaire, on a créé un projet qui fonctionne en temps de vacances, notamment pour le français et l’anglais.

** Soeur Marie Odette, vous êtes Rwandaise, religieuse de Sainte Marie; vous avez la charge du service des vulnérables au camp de Kiziba ; pouvez-vous nous donner quelques détails sur vos activités.

Notre équipe se compose de quatre personnes : un garçon ; deux filles ; et moi-même. Notre rôle essentiel est «d’aller vers» c.à.d. de visiter toute personne en état de fragilité, et de l’accompagner en répondant ou en faisant répondre à ses besoins essentiels. Ces personnes «vulnérables» nous sont indiquées par les catéchistes, les responsables de communautés de base, des enseignants. Nous visitons, nous écoutons, nous conseillons, nous suscitons l’entraide de la parenté ou du voisinage selon les habitudes culturelles. Nous intervenons pour des suppléments de nourriture (Sorgho, haricot, riz), pour des vêtements ; nous faisons appel à d’autres intervenants du camp pour des maisons, des soins de santé, des réconciliations familiales. Nous nous référons à un conseil de six sages pour que les bonnes coutumes ancestrales restent efficaces. Personnes âgées, orphelins, filles mères, divorcés, nous allons là où il y a de grands besoins. Nous sommes toujours sur la brèche.

** Monsieur Jean-Marie Vianney, vous êtes gestionnaire et comptable du JRS Byumba ; vous accompagnez la plus part des services depuis cinq ans ; pouvez-vous nous parler de l’école maternelle et de l’école primaire de Gihembe ?

La demande de scolarisation est très forte ; certains parents veulent nous confier leurs enfants dès trois ans pour vaquer à leurs occupations ; nous devons faire une sélection, d’autant plus que le nombre de nos classes est réduit. Même au niveau primaire nous ne scolarisons pas toute la tranche d’âge car il y a toujours de défections, des absences. Nous suivons les programmes rwandais, et le calendrier du Rwanda, depuis 2005, afin que les enfants puissent passer les examens de l’Etat et accéder si possible dans les sections secondaires des écoles Rwandaises. Avant cela nous avions suivi les programmes congolais en perspective du retour au pays. Notre plus grand problème c’est là sous qualification des enseignants parmi les sortants des écoles secondaires ; mais les meilleurs de ces sortants cherchent une bourse universitaire, soit un emploi plus rémunérateur en dehors du camp. Nous organisons des tutorats pour une formation en activité de service, et des sessions occasionnelles insuffisantes ; depuis cette année nous allons avoir une structure permanente de formation des enseignants sur la quelle nous comptons beaucoup. Jusqu’à présent les réussites aux examens d’Etat sont peu nombreuses, et peu équipées. Pourtant nous croyons qu’un bon travail est fait pour le service de la majorité des jeunes du camp.

** Monsieur Séverin, vous êtes un vieux routier de l’enseignement secondaire ; vous avez même œuvré dans une école privée proche du Centre Christus de Kigali ; parlez nous du tronc commun que vous dirigez à Kiziba.

Le «collège» de Kiziba a été bien construire en matériaux non durable ; il forme un quadrilatère à une seul entrée, ce qui favorise la discipline. Il est équipe d’une installation électrique ce qui permet de faire des études du soir. Les conditions de fonctionnement sont aussi bonnes que cela soit possible dans le camp. Notre gros problème c’est la qualification de nos professeurs. Nous avions pu avoir recours à des non réfugiées, mais il sont tous parti parce qu’ils étaient mieux rémunérés ailleurs. Nous essayons de sélectionner des sortants du secondaire. Et le projet Teachers Training a été organisé pour faire face aux problèmes des compétences particuliers : certains sont laissés seuls à la maison avec leurs frères et sœurs parce que les parents font de séjour au congo ; ils sons préoccupés par la survie de leur «ménage» ; certains filles deviennent mères et ne peuvent poursuivre une scolarité normale. Les classes sont fort peuplées. Pourtant nous avons des réussites aux examens d’Etat, et un certain nombre de nos «finalistes» peuvent accéder à des sections supérieures en dehors du camp.

** Sœur Irène, l’an dernier le Centre éducatif Raphaëlle Marie n’existait pas ; comment l’avez-vous crée ? avec quel argent ? pour quelles finalités ?

Raphaëlle Marie est le nom de la fondatrice de ma famille religieuse ; ce n’est pas une référence «jésuite» ; mais le Père Tony a donné son accord pour la dénomination. Nous voulions répondre à un «manque». Nous avions fort ressenti que beaucoup de jeunes, non scolarisés, manquent de protection et de formation pratique. Nous avons cherché comment répondre à leurs besoins par un minimum de formation. Nous avons pu intéresser un ONG d’Espagne ; et nous avons obtenu un financement de deux ans pour des formations courtes de six mois en faveur de groupes limités à 75 jeunes à la fois. Nous avons commencé en février à Kiziba ; nous commencerons en mai à Gihembe. Un peu de français, un peu d’anglais, un peu de calcul ; de l’économie domestique pour les filles ; de l’électricité pour les garçons. Mais un cadre, un accompagnement, une éducation. C’est peu, mais c’est une vitamine, un équipement ; et les jeunes partent pour se faire engager comme domestique, ou aide artisan ; ils subviendront un peu mieux à leurs besoins.

** Madame Daydon, vous êtes arrivée récemment dans le JRS et au Rwanda ; vous avez été affrontée à toute la responsabilité du JRS à Gihembe ; qu’est-ce qui vous a surtout impressionnée ? Comment voyez-vous votre engagement futur ?

Je dirai d’abord que le Rwanda me fascine ; j’aime vivre à Byumba ; et je ne me trouve pas trop dépaysée par rapport à mes origines dans les Caraïbes. Mais c’est vrai que tout était nouveau pour moi.

Je suis surtout frappée par le défit de l’éducation de la jeunesse : tout un avenir est engagé avec des moyens pauvres ; et nous devons chercher comment améliorer de jour en jour ce que nous faisons. Nous ne sommes pas seuls, et je trouve que nous oeuvrons bien en collaboration avec d’autres organismes et avec les parents des enfants qui sont dans nos écoles. De plus j’apprécie beaucoup la vie d’équipe qui nous permet de réaliser au mieux des circonstances les services que le JRS s’est engagé à rendre. Mon regard vers l’avenir est optimiste ; et j’y apporterai toutes mes capacités.

Certes, je rencontre des difficultés, qui sont parfois, pesantes, mais je trouve que l’importance des résultats obtenus par toutes les activités du JRS mérite d’affronter les obstacles et les contraintes.

** Sœur Irène, pouvez-vous nous donner quelques informations sur le financement, et le cadre juridique des activités du JRS au Rwanda ?

Notre action est réalisée essentiellement en référence au Minaloc qui est l’autorité administrative des réfugiés, et en référence au HCR avec qui nous avons un contrat cadre. Notre principal problème à l’heure actuelle vient du fait que les b ailleurs de fonds du HCR ont réduit fortement leurs contributions au cours des deux dernières années. Il n’y a plus qu’un seul pays qui accepte de financer l’aide humanitaire aux réfugiés se trouvant au Rwanda. Si nous considérons le seul financement des écoles primaires, le HCR intervient pour 27% ; tout le reste doit être trouvé par le JRS ; c’est la prouesse des services du bureau régional de Bujumbura avec le Père Tony Calleja.

** Nous constatons que vous développez tout un éventail d’actions humanitaires sous le sigle du JRS, mais que, pour le moment, il n’y a aucun jésuite qui soit directement impliqué dans l’action. N’est-ce pas un peu paradoxal ?

Apparemment c’est paradoxal. Pourtant si nous n’étions pas reliés au JRS notre action se verrait réduites au sensiblement, puisque la majorité du financement de certaines activités provient des sources privées en lien avec le JRS international. De plus le JRS nous offre un cadre moral et spirituel spécifique : nous savons que nous avons une mission, définie par trois piliers fondamentaux, accompagner, servir, plaider. Et cela fait toute la différence par rapport aux autres ONGs humanitaires. Enfin nous sommes heureux de dire que les jésuites du Rwanda nous aider fortement, non seulement par le cadre juridique de leur ASBL, mais aussi par l’accueil et les services rendus tant à Christus qu’à la Maison Régionale.

** le Père Pe’dro Arrupe s.j., inspirateur du JRS il y a quelque 25 ans, avait dit que le souci majeur des membres du JRS devait être un souci «pastoral». Avez-vous le sentiment de mettre en œuvre aujourd’hui encore ce souci fondateur ?

** Sans aucun doute, d’abord parce que nous nous organisons pour que la pastorale de la catéchèse et des sacrements soit assurée aux réfugiés catholiques : nous sommes en relation permanente avec les prêtres des paroisses où nous vivons, Kibuye et Byumba, et avec les Evêques des diocèses de Nyundo et de Byumba ; les camps ont des catéchistes et des responsables de communautés de base ; des religieuses assurent la préparation aux sacrements ; il y a des cours de religion dans les écoles ; l’eucharistie est célébrée deux fois chaque semaine dans toutes les mesure du possible. Mais le souci pastoral doit être entendu en son sens large pour l’ensemble des réfugiés : nous avons une mission d’accompagnement qui est concernée par tous les problèmes de vie ; nous avons un code de conduite ; en générale les réfugiés souhaitent que le JRS puisse collaborer dans les diverses institutions qui les concernent. En rapport avec la nourriture, le logement, la sélection pour des bourses d’études, etc.

** Père Augustin vous avez été le premier directeur national du JRS Rwanda comment appréciez-vous les activités du JRS après douze années de services ?

Le 1 er mai 1986, je me trouvais à Gisenyi au milieu des réfugiés congolais arrivés récemment en camp de transit même si beaucoup espéraient rentre rapidement au Congo, nous nous sommes préoccupés des enfants. Avec le Père Mateo nous avons organisé les premières classes primaires au camp de Kiziba en formation l’Abbé Désire. Puis l’Abbé Védaste ont développé ce secteur très largement en fonction de nombre de réfugiés d’abord à kiziba puis à Gihembe. Je ne puis que me réjouir en constatant que le JRS a été fidèle à ce service prioritaire de la jeunesse ; et je me réjouis en même temps que les dix projets du JRS actuel sont un accompagnement holistique des populations des deux camps. Je souhaite que les équipes puissent continuer cet effort de pastorale globale, et y persévérer jusqu’au jour où les réfugiés pourront effectivement regagner leur pays.