Le Jubilé de trois compagnons de Jésus fondateurs : Ignace de Loyola, Pierre Favre et François Xavier
Trois des dix premiers compagnons
- L’histoire de la Compagnie de Jésus a retenu comme étant les premiers Compagnons Ignace de Loyola, Pierre Favre et François Xavier. Cette année nous célébrons donc le 500 ème anniversaire de la naissance terrestre de Saint François Xavier et du Bienheureux Pierre Favre, ainsi que le 450 ème anniversaire de la naissance céleste de Saint Ignace de Loyola. Premiers compagnons de Jésus, ils ont vécu ensemble d’abord à Paris, comme étudiants d’université. Ils y sont entre 1526 et 1535. Pierre Favre et François y sont arrivés en 1526, Ignace en 1528.
- Ils constituent, dirions nous, le premier noyau des 10 premiers compagnons fondateurs : ce sont des « amis dans le Seigneur ». Ils ont partagé la vie, la vie estudiantine. Ils partageront les sentiments religieux et spirituels les plus profonds. Ils se sont entraidés, matériellement, intellectuellement et spirituellement. Pierre a été répétiteur d’Ignace en grec. Et Ignace à son tour l’a gagné à Dieu par les Exercices Spirituels. François les fera plus tard, vers septembre 1534. Ils ont eu le même objectif d’étudier la philosophie et la théologie, pour pouvoir enseigner…François Xavier et Pierre Favre assistent Ignace pour discuter et essayer de convaincre les protestants de Luther et de Calvin. Ils combattent ensemble les nouvelles idées humanistes d’Erasme. Ils développent eux-mêmes et défendent un humanisme chrétien, basé sur la liberté et la dignité de l’homme image de Dieu. C’est en 1533 qu’ Ignace fera connaissance des quatre autres compagnons. Il s’agit de Simon Rodriguez, de Diego Lainez, de Alfonso Salmeron, et Nicolas de Bobadilla. Ainsi, à Montmartre, le 15 août 1534, ils sont sept à s’engager par des vœux de pauvreté et de chasteté. Plus tard, trois nouveaux compagnons les rejoindront, gagnés par Pierre Favre : il s’agit de Claude Jaÿ, de Paschase Broët et de Jean-Baptiste Codure.
- Tandis que Ignace est reparti dans sa terre natale pour y refaire sa santé et y régler quelques affaires de famille, les compagnons quittent Paris le 16 novembre 1535 pour se rendre Venise, où ils lui ont donné rendez-vous. En effet, dès juillet 1534, ils ont décidé de partir pour Jérusalem, de prêcher aux fidèles ou aux infidèles, et d’administrer gratuitement les sacrements. S’ils ne pourront pas aller ou rester à Jérusalem, ils se mettront à la disposition du Souverain Pontife. C’est en fait ce qui arrivera, lorsqu’ils auront passé une année entière à Venise, sans pouvoir trouver un seul bateau qui parte pour Jérusalem. Ils n’ont pas chômé entre-temps, ils ont rendus d’énormes services dans les hôpitaux, ils ont servi dans la prédication. Un service tout à fait gratuit et enthousiaste de ces prêtres diplômés de Paris.
Des Saints différents, branchés sur un même projet
- En fait il s’agit de trois types différents d’hommes, qui ont bu à la même source et qui, nantis de compétence et de liberté, se sont engagés au service divin, chacun dans un appel différent. Leur commune destinée les a amenés successivement à Paris, à Venise et à Rome. Ils ont participés aux deux délibérations qui les ont conduits à l’émission des trois vœux de religion : d’abord la chasteté et la pauvreté à la Chapelle de St Denis près de Montmartre, puis l’obéissance à l’Eglise de St Paul Hors les Murs à Rome. Ce sont des Compagnons de Jésus, pionniers et fondateurs, ce sont des Saints que l’Eglise nous propose en modèles.
- A part cela, les trois amis ont suivi des chemins tout à fait particuliers. Ignace de Loyola, basque espagnol, de la moyenne noblesse, converti à la suite d’un boulet de canon qui lui a brisé la jambe, avec son caractère impétueux et tenace, devenu pèlerin de Dieu, saisi par Jésus Christ qu’il veut servir avec honneur, dignité…Il a décidé d’étudier et d’acquérir la compétence pour relever le défi des Inquisiteurs dominicains. Maître ès Arts avec ses compagnons de Paris, il est décidé à servir Dieu jusqu’au bout. Une fois établi à Rome, après la reconnaissance de l’Institut par le pape Paul III, il ne fera pas de grandes randonnées missionnaires : il s’occupera des affaires de gouvernement de la Compagnie, tout en aidant les gens par des conversations spirituelles.
- François Xavier, lui, c’est le grand missionnaire, l’apôtre des « infidèles ». Il était navarrais, noble de la haute aristocratie, vif, sportif, ambitieux et conquérant, passionné, émotif, affectueux, intelligent, héroïque, jusqu'au-boutiste, énergique, fier, sensible…Fils spirituel et ami personnel pris en haute estime par Ignace, il partit pour les Indes orientales au lendemain de la fondation de la Compagnie de Jésus. Il n’en reviendra jamais, vivra pratiquement seul jésuite, et mourra le 3 décembre 1552 à Sanchnan, aux portes de la Chine, après avoir évangélisé des milliers de « païens. Seul son bras droit qui a baptisé tant d’âmes, a été ramené à Rome, où il se trouve dans un reliquaire dans l’Eglise du Gesù, au Centre de la ville éternelle.
- Le Bienheureux Pierre Favre, paysan savoyard devenu intellectuel, plutôt discret, mais non moins déterminé, pourtant prudent, méthodique, persévérant et bon conseiller, habitué au discernement, va sillonner l’Europe d’alors à pied, pour affermir sa foi vacillante, ébranlée par les assauts du protestantisme de Luther et de Jean Calvin. C’est un missionnaire itinérant de l’Europe. Il semble que son instrument le plus sûr soit les Exercices Spirituels. Il est peu connu dans la Compagnie. Il est mort le 1 er août 1546, au moment où on l’envoyait au Concile de Trente.
Comment les trois saints fondateurs ont-ils marqué l’Histoire de la Compagnie de Jésus ?
- Le point de départ de la Compagnie de Jésus est précisément la rencontre des trois premiers compagnons, peut-être même le partage de leur chambre à Paris. Ils sont là dans la délibération et la décision des vœux de Montmartre en 1534. Ils influencent les autres sur la disponibilité de se mettre à la disposition du Pape, s’ils ne peuvent aller ou demeurer à Jérusalem. Ils seront là à la délibération de 1539, quand à Rome, ils décident de créer la Compagnie de Jésus et d’obéir à l’un d’eux.
- Les trois compagnons sont les premiers à s’adonner aux Exercices Spirituels de St Ignace. Pierre Favre, disciple d’Ignace, en deviendra spécialiste. Ignace dira qu’il était le meilleur à les donner. Ces Exercices Spirituels seront un grand héritage pour la Compagnie et l’Eglise. La recherche passionnée de Dieu Principe et Fondement de notre vie, la libération de l’âme pour une meilleure disponibilité à servir Dieu et les âmes, le discernement des esprits pour un bien meilleur et universel, l’abnégation et la promptitude pour écouter et servir Jésus Notre Seigneur, la contemplation et l’imitation de Jésus qui passe de la passion à la résurrection, sont autant d’éléments des Exercices Spirituels ayant façonnés les trois saints, qui vont marquer les compagnons de Jésus à travers leur histoire de quatre siècles et demie.
Leur esprit se vit-il toujours dans le Corps de la Compagnie de Jésus ?
- Comment l’esprit des premiers compagnons actuels jubilaires ne se vivrait-il pas aujourd’hui ? Avec ses 19.000 membres, la Compagnie de Jésus, reste encore à présent, l’ordre singulier le plus nombreux, malgré la crise des vocations qui ne l’a pas épargné non plus. L’intuition première d’Ignace et des deux premiers compagnons est toujours actuelle. En effet, ceux-là voulaient servir Dieu en aidant les âmes, et par là sauver leur âme.
- Que sont devenus les ministères des premiers compagnons à Venise : confesser, prêcher, enseigner aux enfants, faire des leçons publiques, rendre des services gratuits dans les hôpitaux, exhorter les gens ? Ces ministères se retrouvent dans tout ce que font les jésuites actuellement. Leur intervention couvre essentiellement et surtout quatre domaines : le Spirituel avec les Centres Spirituels et les Paroisses, l’Education avec les institutions d’éducation formelle et informelle (écoles primaires, secondaires, instituts techniques, Universités), les mass media, surtout l’écrit (journaux, revues diverses) mais aussi la radio, la télévision ; et enfin le social (Jesuit Refugee Service, intervention pour la Pandémie du Sida, etc…). A titre exemplatif, la Compagnie de Jésus tient à peu près 230 Centres Spirituels dans le monde, et à peu près 1670 institutions d’éducation formelle et non formelle.
Quel héritage ces illustres personnages ont-ils laissé aux jeunes ?
- A Paris, nos trois premiers compagnons sont des étudiants assidus et tenaces. Ils savent ce qu’ils veulent. Ils veulent décrocher des diplômes, des licences, qui leur permettent d’aider les gens spirituellement, avec compétence et sans être contestés. Il ne faut pas oublier que c’est l’époque de l’Inquisition. Déjà, Ignace a été plus d’une fois interpellé, et interrogé, sur ses Exercices Spirituels, sur la doctrine qu’il transmet. Parce qu’on lui avait dit qu’il n’avait pas de compétence pour enseigner, il avait décidé d’aller étudier, et encore dans une ville réputée, une ville de culture et de science, Paris.
- Ce sont des gens qui aiment Dieu et veulent le faire connaître. Ils veulent aider les âmes. Ils étudient pour aider. Ils sont des hommes pour les autres. Cet objectif, d’être des hommes pour les autres, les jésuites l’ont gardé jusqu’aujourd’hui. Ils forment la jeunesse à cet effet. La jeunesse du monde entier profite de l’éducation jésuite. En effet, la Compagnie de Jésus a tant d’institutions d’enseignement et d’éducation. Il s’agit d’à peu près 180 institutions d’enseignement supérieur, 400 écoles secondaires, 90 écoles primaires, 50 écoles techniques et 950 institutions d’éducation non formelle.
- Les trois compagnons et amis dans le Seigneur, étaient des hommes zélés, pour l’amour de Dieu et des hommes. Abreuvés à la même source des Exercices Spirituels, ils se révèlent des hommes qui vont jusqu’au bout de leur conviction. Il n’y a pas de demi-mesure chez eux, ils veulent toujours faire mieux, davantage, se distinguer dans le bien, pour la plus grande gloire de Dieu et la dignité de l’homme. Ils constituent ainsi un modèle, un étalon de saine ambition. Cela indique notamment aux jeunes qu’il ne faut pas être de piètres hommes, il faut exceller, chacun dans le domaine qu’il occupe, selon les talents et les capacités qui lui ont été donnés par le créature, favorisés par la nature, l’éducation, la culture. « Ngo uwush á aka kugema arasa heejuru ». « Celui qui veut viser juste, cible haut ».
- L’esprit missionnaire de François Xavier a été relayé par Mgr Conforti, le fondateur des Missionnaires Xavériens – ils sont présents au Burundi et en particulier à Bujumbura – . Le don ou l’abnégation pour la mission de Jésus Christ est actuel et toujours nécessaire, pour que Dieu soit servi, et que ses créatures humaines aient la vie, une vie pleine, abondante, digne des fils et des filles de Dieu…
- Sous l’inspiration et le modèle de cette grande figure missionnaire de la Compagnie, un mouvement d’action catholique est né à Bukavu, fondé par le missionnaire d’Afrique le Père Dufour : ce sont les Xavéris dont la devise est « Charité toujours ». Ce mouvement existe au Burundi et même au Lycée du Saint Esprit. Les jeunes peuvent donc toujours mettre en pratique l’esprit de charité, l’esprit d’abnégation et l’esprit missionnaire de Saint François Xavier.
- Les Exercices Spirituels de Saint Ignace, si bien maîtrisés par le Bienheureux Pierre Favre, et de l’esprit animait le zèle apostolique de St François, se donnent toujours dans la Compagnie, en huit jours, en trente jours, dans la vie courante… Il faut approcher les jésuites pour y être introduits, et spécialement dans les Centres Spirituels de la Compagnie de Jésus, du genre de celui de Kiriri.
Père Guillaume Ndayishimiye Bonja, sj
Recteur du Lycée du Saint Esprit de septembre 1990 à mars 2000 |