Mon entrée au Noviciat jésuite a eu lieu le 8.9.1957. Je désire vraiment ne pas laisser passer inaperçu cet « événement » de 50 ans de vie dans la Vie Consacrée : vivre le temps qui nous est donné comme un présent de Dieu, comme l’aujourd’hui de Dieu en nous, parmi nous, comme le don de Dieu, le cadeau d’être avec Lui dans l’histoire qu’il façonne avec notre participation.
L’esprit propre à ce temps jubilaire est de réaliser combien Dieu me comble de sa vie, de sa miséricorde, de sa bonté, de ses énergies et combien Il désire me faire entrer dans sa danse généreuse, dans son action bienfaisante. Pour cela, moi avec les autres, je dois ou nous devons sortir, nous dégager de nous-mêmes, de nos vues humaines en marchant plus vers les vues de ce Dieu Miséricordieux ! Dérageant, le Tout autre…
Quelques mots sur : Ingabire y’Imana mpawe : ce que chaque Eucharistie nous redonne (dans toutes les langues de notre monde…) : Je l’ai entendu et je l’ai redit depuis 1970 au peuple de Dieu !
Ma vue sur notre mission au RwB. Kwamamaza ko Imana ari yo nyir’impuhwe
zihebuje…Depuis 1957…Je suis à l’école de l’initiation pour reconnaître les formes diverses de la même grâce au milieu des diverses situations humaines et inhumaines !... Les voies que la miséricorde divine emprunte pour nous parvenir déjouent nos planifications d’hommes… |
Imana niyo yaduhanze…La Volonté de Dieu…Le Vouloir divin : se referer à Jn 15, surtout vv. 16-17. Kubigarukaho kenshi…Kubihorana ku mutima aho tujya hose. Kubyakira iyo hirya no hino duhura n’ababitwibutsa, aho bava hose, kandi ni benshi…Oui, Dieu parle, oui, Il appelle, oui, Il suscite des vocations pour les envoyer aux services des autres, aux brebis perdues, malades, faibles, qui font partie de son peuple. Mon berger ne sommeille pas. Il n’oublie jamais ses enfants chéri(e)s…. Il appelle à Le suivre, en prenant son chemin, à Lui emboîter le pas sans se dérober, à « peiner » avec Lui pour ainsi un jour se réjouir…Il n’appelle jamais à s’enliser dans la recherche de ses intérêts égoïstes…Un conovice du premier jésuite rwandais répétait souvent aux jeunes catéchumènes : « chers enfants, aimez Jésus, au moins comme vous aimez les cacahuètes… » C’est l’appel répercuté de notre vocation adressée à des personnes, à travers leur histoire, leur famille à découvrir, à sauver : comment faire pour inclure en un mouvement perceptible de salut, de rédemption et de révélation ? Sur ce point, j’ai bénéficié d’une éducation à poursuivre grâce à un entourage ouvert à tout ce qui regarde l’homme, tout : l’ancien comme le moderne, l’éducation qui concerne les jeunes comme les moins jeunes, sans exclusion…Ouverture à toutes les surprises…
Ce que j’ai appris mais que j’apprends encore, je le dois à un compagnon : Les anciens disaient : « La prière est le miroir du moine ». Sans doute, le moine se cache souvent dans ces jésuites que nous rencontrons…, dans toutes ces réalités de la vie, car pour eux la prière ouvre sur le réel, sur le travail quotidien dans toutes ses formes…
« Dis à toute pensée qui t’arrive : es-tu nôtre ou des ennemis ?...Et sûrement elle l’avouera », c’est aussi une parole de ces anciens de plus haut ! Elle invite à ne pas avoir peur du combat, importe peu la forme sous laquelle elle se présente.
Encore un ancien qui recommande de ne jamais oublier : « N’entreprends rien avant d’avoir demandé à ton cœur si ce que tu veux faire est selon Dieu. »
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Mon papa a dit à Maman, quand il allait mourir : Celui-là, (j’étais à peine en 1 e année du Petit Séminaire en 1952), il fera ce qu’il voudra… » Je l’ai entendu de maman…Je crois avoir eu confiance en cette médiation.
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Cet évangile choisi : Mt 11,25-30 pour mes 50 ans dans la vie religieuse : comme l’expression de mon désir actuel d’écouter Jésus en communion avec Joseph Ratzinger Benoît XVI ! Comme si j’entrais dans la Compagnie en 2007 ! Je cite son livre récent, (p.327) : « Aujourd’hui encore, les chrétiens, tout en possédant la juste confession de foi, ont sans cesse besoin que le Seigneur leur enseigne à nouveau que, dans toutes les générations, son chemin n’est pas celui du pouvoir et de la gloire terrestres, mais celui de la croix. Nous savons et nous voyons qu’aujourd’hui encore, les chrétiens, nous-mêmes, prenons le Seigneur à part pour lui dire : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas » ! (Mt 16,22).
Et parce que nous ne sommes pas sûrs que Dieu l’en garde, nous essayons nous-mêmes, avec nos artifices, de faire que cela n’arrive pas. Et c’est pourquoi le Seigneur est sans cesse obligé de nous dire : « Passe derrière-moi, Satan ! » (Mc 8,33).
L’Evangile, c’est aujourd’hui…Ce jour où nous nous retrouvons : dans cette actualité qui nous invite à faire mémoire de 50 ans. Rappelons-nous : nous ne cessons pas de penser à partir de la « chair » et du « sang », (c’est encore une citation du récent livre !). La Révélation est donnée pour être reçue dans une attitude de foi confiante. Ce que le Seigneur fait instant après instant invite à rendre grâce et à s’étonner ! Comment rendre compte de cette présence agissante, éternelle, créatrice, rédemptrice ? Celle qui ne cesse de se révéler à nous sous le voile, à travers nos chemins de foi façonnant des «voyageurs sur la terre » (He 11, 13) pour une nouvelle écoute de la Bonne Nouvelle.
Père Jean GASENGE sj.
20.10.2007 |