LE PRETRE ET LA PAROLE DE DIEU

ANNEE SACERDOTALE : 19 juin 2009 au 19 juin 2010

En commençant cet exposé qui a pour titre « Le prêtre et la Parole de Dieu », j’aimerais citer tout d’abord ce que Jean Paul II disait du prêtre dans l’exhortation post-synodale Pastores dabo vobis (25 mars 1992) :

Le Concile affirme avant tout la vocation « commune » à la Sainteté. Cette vocation s’enracine dans le baptême, qui définit le prêtre comme un « fidèle » (Christfidelis),

comme « un frère parmi des frères », inséré et uni au peuple de Dieu, dans la joie de partager les dons du salut (Eph 4, 4-6) et dans le devoir commun de marcher « selon l’Esprit », à la suite de l’Unique Maître et Seigneur. Souvenons-nous de la célèbre parole de Saint Augustin : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. Le premier nom est celui d’un office reçu, le second, de la grâce ; le premier nom est celui d’un danger, le second, du salut ». (42).

Il y a deux semaines, nous avons célébré la Messe chrismale à la cathédrale de Kigali. J’étais présent à cette célébration où, traditionnellement, les prêtres et les fidèles de tous les diocèses dans le monde, entourent leur évêque au début du Triduum pascal, manifestant ainsi leur communion unanime au mystère de l’Eglise,

ainsi qu’à sa mission à travers sa vie sacramentelle, laquelle exprimée par la bénédiction des saintes huiles qui seront utilisées pendant l’année liturgique. Par ailleurs, la Messe chrismale est aussi la fête du sacerdoce, la fête des prêtres qui renouvellent à cette occasion leur engagement à l’endroit de leur évêque. C’est toujours pour moi un moment émouvant que de rendre grâce à Dieu pour son appel et son don à travers le sacrement de l’Ordre que j’ai reçu, afin que je puisse, selon cet appel, servir mes frères et sœurs dans la foi.

A travers le sacrement de l’Ordre se poursuit la mission de Jésus dans le monde, car ce sacrement rend les ministres porteurs de ses gestes et de ses paroles en notre faveur, et qui s’expriment tout particulièrement à travers les autres sacrements, qui portent tous la marque du Christ. Vatican II nous le rappelle :

« Le Christ est toujours là auprès de son Eglise, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la Messe, et dans la personne du ministre, ‘le même s’offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix’… Il est là présent… dans les sacrements au point où lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise.

Il est là présent dan sa Parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures. Enfin, il est là présent lorsque l’Eglise prie et chante les psaumes, lui qui a promis : ‘là où deux ou trois seront rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Vatican II.

Le prêtre, ce « frère », comme le souligne Jean Paul II, est le témoin et le porteur des actions du Christ en faveur de son Eglise, et ce, tout particulièrement à travers les sacrements. Mais il a aussi une autre fonction, qui est tout aussi importante que l’administration des sacrements, et sur laquelle le Concile Vatican II a beaucoup insisté. Le prêtre est non seulement le gardien et le dispensateur des sacrements mais il se voit aussi remettre par son évêque la garde du dépôt de foi. C’était là la consigne de Saint Paul à Timothée : « Garde le dépôt ». Participant au ministère son évêque, le prêtre, par son ordination, est fait héraut de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, il a la charge de la proclamer et d’en faire connaître toute la profondeur, tout la puissance de salut et renouvellement à ceux à qui il prêche et enseigne.

Le rapport du prêtre à la Parole de Dieu n’est pas qu’accessoire, comme une sorte de préalable à l’Eucharistie, qui rendrait secondaire l’écoute attentive de ce que Dieu a à nous dire quand la Parole est proclamée. Rappelez-vous ce que dit le Concile Vatican II au sujet du Christ dans la liturgie : « Il est là présent dans sa Parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures. » La Parole entendue manifeste la présence du Christ dans l’assemblée des fidèles, et le prêtre a la charge de cette annonce qui est à la fois proclamation et prédication.

Par ailleurs, le rapport du prêtre à la Parole de Dieu dépasse le cadre immédiat de la liturgie eucharistique. Le prêtre est la fois l’homme des sacrements et l’homme de la Parole, l’un ne va pas sans l’autre ; c’est pourquoi son rapport à la Parole de Dieu doit se situer au plus intime de sa vie de foi, car ce n’est que sur cette base que son ministère peut vraiment prendre son élan, et faire de lui un véritable apôtre du Christ. Le prêtre doit se laisser transformer par la Parole, s’il veut devenir un porteur crédible de cette même Parole. Sinon risque de s’appliquer à lui cet adage : « Ce que tu as crié tellement fort, que l’on n’entend pas ce que tu dis. »

Le rapport intime du prêtre avec la Parole de Dieu

Afin de bien réfléchir sur ce lien entre le prêtre et la Parole de Dieu, d’entrée de jeu, j’aimerais vous citer un texte du Prophète Isaïe, qui est tellement évocateur pour tout chrétien qui prend au sérieux la Parole de Dieu :

Isaïe 50,4 : « Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire. »

Ce passage du prophète Isaïe s’applique à tout véritable auditeur de la Parole, hier comme aujourd’hui. Le prêtre est appelé, à un titre particulier, de se ministère et sa mission, à être un tel auditeur de la Parole, puisqu’il collabore à la charge du Peuple de Dieu. Il se doit donc d’être attentif à la Parole, devenant peu à peu un familier de cette Parole, la méditant, la ruminant, y découvrant sans cesse de nouveaux trésors à partager avec ceux et celles qui lui sont confiés, et avec qui il chemine en Eglise.

Disciple du Christ et Ministre du Peuple de Dieu, il se lève chaque matin avec la Parole de Dieu à travers l’office de la liturgie des heures, avec les textes bibliques du jours, afin que la Parole éclaire sa journée, qu’elle le guide et l’inspire dan sa mission.

« Ta Parole, une lampe sur mes pas, une lumière sur ma route », chante le psalmiste. Voilà dans quelle dynamique entre celui qui se laisse porter et instruire par la Parole. C’est ce que le prêtre est appelé à vivre afin de se laisser configurer au Christ pasteur, consolateur et médecin des âmes, et ainsi porter le souci de toutes les brebis que le Seigneur lui confie, en particulier les plus faibles.

Le prêtre et la Parole de Dieu au Vatican II

Maintenant, l’on associe plus aisément le prêtre à l’Eucharistie qu’à la Parole de Dieu. Ne dit-on pas de lui qu’il est l’homme de l’Eucharistie ? Pourtant, aucun fidèle ne nierait la place importante qu’occupe le ministère de la Parole dans la vie du prêtre ; après tout n’est-il pas celui qui proclame l’évangile à chaque eucharistie et qui enseigne l’assemblée. Mais notre tradition catholique, qui a longtemps mis de côté la lecture de la Bible chez les fidèles, garde un rapport encore distant avec la Parole de Dieu. Elle ne meuble pas nos temps libres comme le font les protestants, nous ne savons pas le citer par cœur comme peuvent le faire certains groupes fondamentalistes.

Pourtant, je vous surprendrai peut-être en vous disant que le Concile Vatican II, en réfléchissant au ministère du Prêtre, a fait de l’annonce de l’Evangile et du ministère de la prédication, la première fonction du prêtre ; non pas que l’Eucharistie ne soit pas le cœur de son ministère, car tout doit y conduire. Comme le souligne Vatican II, elle est ‘le sommet auquel tend toute l’action de l’Eglise et en même temps la source d’où découle toute sa vertu. Mais le chemin qui y conduit commence comme tout long voyage par un premier pas se conjugue avec cette proclamation de la Bonne Nouvelle du Christ ressuscité, dont le prêtre se voit confier la charge par l’Eglise. Comme le dit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains : « Mais comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans être d’abord envoyé ? Selon le mot de l’Ecriture : Qu’ils sont beaux les pieds des messagers de la Bonne Nouvelle ! » (Romains 10,14).

Témoignage personnel : Mon premier réflexe en devenant croyant : faire connaître le Christ. Ordre des prêcheurs.Ce qui peut étonner lorsque l’on étudie les documents du Concile œcuménique Vatican II, et les textes subséquents qi en découlent, c’est l’importance accordée à la Parole de Dieu dans le ministère des prêtre. Ecoutons ce qu’en dit le Concile, dans Presbyterorum ordinis :

Le Peuple de Dieu est rassemblé d’abord par la Parole du Dieu vivant qu’il convient d’entendre tout spécialement de la bouche des prêtres. En effet, nul ne peut être sauvé sans avoir d’abord cru ; les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont pour premier devoir d’annoncer l’Evangile à tous les hommes ; ils exécutent ainsi l’ordre du Seigneur : « Allez par le monder entier, prêchez l’Evangile à toute la création » (Mc 16,15), et ainsi ils constituent et font grandir le Peuple de Dieu. C’est la Parole de salut qui éveille la foi dans le cœur des non-chrétiens, et qui la nourrit dans le cœur des chrétiens ; c’est elle qui donne naissance et croissance à la communauté des fidèles… Ainsi, les prêtres se doivent à tous les hommes : ils ont à leur faire partager la vérité de l’Evangile dont le Seigneur les fait bénéficier. Soit donc qu’ils aient parmi les nations une belle conduite pour les amener à glorifier Dieu, soit qu’ils prêchent ouvertement pour annoncer aux incroyant le mystère du Christ, soit qu’ils transmettent l’enseignement chrétien ou exposent la doctrine de l’Eglise, soit qu’ils étudient à la lumière du Christ les problèmes de leur temps, dans tous les cas il s’agit pour eux d’enseigner, non pas leur propre sagesse, mais la Parole de Dieu, et d’inviter tous les hommes avec insistance à la conversion et à la sainteté.

Le rapport du prêtre à la Parole de Dieu

Le Concile insiste donc pour faire de l’annonce de l’Evangile le premier devoir du prêtre. Ce dernier marche à la suite des apôtres, à qui le Seigneur a donné la consigne d’aller évangéliser toutes les nations. Ce devoir incombe à tous les prêtres de par la définition même de leur ministère à la suite de celui des évêques, qu’ils soient missionnaires dans un pays lointain, aumôniers de moniales ou curé de paroisse. Le prêtre, où qu’il soit, quoi qu’il fasse, a comme première responsabilité de faire connaître et aimer le Christ. C’est là sa première tâche. Non pas qu’elle soit plus importante que de présider l’Eucharistie, mais l’un ne va pas sans l’autre, l’une conduit à l’autre. La prédication, l’annonce de la Bonne Nouvelle, prépare les cœurs, ouvre les esprits à accueillir l’Ineffable mystère de l’amour de Dieu pour nous, qui, comme le souligne le théologien Karl Rahner, « nous a donné sa dernière et sa plus belle Parole, son Fils Jésus Christ ». Un prêtre ne peut célébrer l’Eucharistie en vérité, s’il ne porte pas en lui ce profond désir de faire connaître le Christ, qui donne sens non seulement à sa vie, mais qui fonde notre existence même dans cette création. Comme le souligne Jean Paul II, à qui on reprochait de trop affirmer la voie de salut unique que représentait la foi en Jésus-Christ : « Mais comment cacherions-nous la joie qui nous habite. » Le prêtre se doit donc d’avoir un esprit d’évangélisateur, dans le respect des autres, qu’ils soient croyants ou non-croyants, ne prêchant pas sa propre doctrine, ‘sa propre sagesse’, comme le rappelle Vatican II, mais prêchant la Parole de Dieu qui a ce pouvoir de transformer les cœurs et de faire de nous des saints.

Pour ce faire, il doit se laisser pétrir par cette Parole. Je me souviens de l’un de mes professeurs en théologie, qui était un prédicateur éminent et très ardent (J.R.M Tillard), et qui insistait pour nous dire que la Parole de Dieu proclamée dans l’homélie devait avant tout brûler le cœur et la bouche du prédicateur, avant de rejoindre le cœur de ses auditeurs. Autrement dit, cette Parole doit l’avoir atteint, lui le premier, il doit s’être laissé pétri et touché par cette parole avant de l’annoncer de manière sincère et convaincante. Comme le souligne le texte d’Isaïe, le prêtre aussi doit se laisser instruire, pour qu’il sache à son tour « réconforter celui qui n’en peut plus ». C’est pourquoi nous appelons les prêtres, à la suite des évêques, des pasteurs, des pasteurs qui non seulement ont la charge du troupeau, mais qui veille sur son bien-être, qui savent prendre la brebis blessée sur leurs épaules.

C’est pourquoi le prêtre doit apprendre lui-même à fréquenter cette école de la miséricorde en faisant des Ecritures sa compagne quotidienne, afin d’y trouver lui-même sens et réconfort, puisqu’elle est vivante la Parole du Seigneur. Je dirais qu’il doit se laisser instruire, mais aussi guérir par cette Parole. Elle est pour lui tout autant que pour les autres. Le prêtre n’est pas seulement le transmetteur d’un message. Il se doit d’en être le porteur dans tous les sens du terme. (The Wounded healer : Henry Nouwen). Lui aussi, doit avoir été touché par cette Parole, converti par elle, guéri et ramené à la vie.

Par ailleurs, la Parole de Dieu garde tout son pouvoir de guérison, en dépit des lacunes des prêtres qui la proclament. Elle est puissante en elle-même, mais Dieu a aussi recours à ce que l’on appelle chez les dominicains « la grâce de la prédication ». Cette grâce est de l’ordre du don bien sûr, mais nous sommes toujours invités à collaborer à la grâce de Dieu, et cette grâce sera d’autant plus active et efficace en sous si nous la désirons réellement, du fond de notre cœur, si nous en faisons la demande constante à Dieu. Non pas pour notre profit personnel, ou par orgueil, mais parce que dans notre prière et dans nos rencontres avec les gens, nous sommes sans cesse interpellés par la nécessité d’annoncer la Bonne Nouvelle qui nous habite. Cette Bonne Nouvelle s’impose au prêtre : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile », comme le dit Saint Paul, car ce serait en quelque sorte nous renier nous-mêmes, faire silence sur le mystère qui nous habite et que le ministère qui nous a été confié nous invite à proclamer. Il faut donc demander cette grâce de la prédication, la mendier de Dieu. « Que ta Parole soit sur mes lèvres et dans mon cœur afin que je la proclame dignement. »

C’est pourquoi, chaque matin, le prêtre est invité à commencer sa journée en se mettant à l’écoute de la Parole : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange. » C’est là la formule d’ouverture de l’office du bréviaire auquel le prêtre est tenu, afin d’en faire sa prière quotidienne, sa louange, et sa supplication. Car «  si le Seigneur ne construit la maison, les travailleurs peinent en vain ». Cette prière attentive à la Parole de Dieu, prière qui se fait méditation, écoute, lectio divina, « nous prévient contre la tentation toujours possibles de devenir l’esclave de nos projets, de nos combats, cette prière nos garde contre l’oubli si facile que le fruit de nos travaux et de nos luttes reste toujours fondamentalement un don de Dieu. » (L. Caza). Il faut donc que le prêtre remette chaque jour le fruit de son labeur, les décisions à prendre, les personnes à rencontrer, au pied du Seigneur à travers sa prière. Et cela se vit tout particulièrement à travers sa fréquentation des Ecritures, se laissant inspirer par elle, se laissant habiter par sa puissance de résurrection, qui a ce pouvoir de transfigurer peu à peu son cœur à l’image de Celui qu’il rencontre dans les écritures : « Viens à moi avec ton cœur et tu verras avec mes yeux. » (Proverbe Arabe.)

« La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire. » Cette Parole devrait habiter le prêtre à tous les jours, à son coucher comme à son lever, méditant les textes de l’Ecriture que la liturgie du jour l’appelle à entendre, à proclamer, et à commenter. Car il ne s’agit pas simplement de réfléchir sur un texte, d’y puiser de bonnes pistes d’homélies, mais il s’agit avant tout d’une rencontre avec le Vivant. Rappelons-nous que le Verbe s’est fait chaire et qu’il a habité parmi nous. C’est ce Verbe qui continue de se donner à celui qui scrute les Ecritures, qui y entend la voix du Bienaimé. Cette Parole de Dieu elle est toujours pour aujourd’hui. C’est l’aujourd’hui de Dieu, qui se dit à travers elle pour chacun de nous et pour tous ceux et celles qui se renouvelle constamment pour celui qui l’accueille comme venant de Dieu. Le prêtre qui cherche sans cesse à entrer dans cette dynamique de la Parole de Dieu ne peut qu’y trouver une force qui le renouvelle lui-même intérieurement. Vatican II parle de l’importance pour le prêtre d’être témoin, « d’avoir une belle conduite ». Le cœur qui s’ouvre à la Parole ne peut sortir de cette rencontre sans être changé. Rappelons-nous ce texte du prophète Isaïe 55,10-11 :

« La pluie et la neige tombent du ciel, mais elle n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir rendue fertile, sans avoir fait germer les graines. Elles procurent ainsi ce qu’il faut pour semer et ce qu’il faut pour se nourrir. Eh bien, il en est de même pour ma Parole, pour ma promesse : elle ne revient pas à moi sans avoir produit d’effet, sans avoir réalisé ce que je voulais, sans avoir atteint le but que je lui avais fixé. 

 

Maintenant, la manière d’annoncer la Parole de Dieu est multiforme pour le prêtre ; elle ne se confine pas uniquement à l’homélie quotidienne ou hebdomadaire. Cette prédication (predicare, c.-à-d. dire devant) ou proclamation, elle se vit dans les rencontres informelles, les échanges avec les groupes, des comités, dans la façon de répondre aux curieux au sujet de notre foi ; cette annonce se fait aussi par la catéchèse et l’enseignement de la théologie ; dans les cours qui expliquent la foi de l’Eglise, les groupes de partage bibliques, etc. Le théologien protestant Karl Barth disait du théologien qu’il vit sa foi avec la Bible dans une main et le journal dans l’autre. La Parole de Dieu ne doit jamais être détachée du quotidien où peinent nos contemporains dans leur quête d’une vie meilleure et où, parfois, ils s’égarent, se font prendre au miroir des illusions et des faussetés de ce monde, leur promettant bonheur et libération, alors qu’ils ne deviennent que des esclaves de leurs désirs, de leurs passions et de leur égoïsme. La Parole de Dieu est libératrice et elle a besoin d’un prêtre qui se laisse lui-même libérer afin de se servir de lu pour rejoindre les cœurs. C’est pourquoi Vatican II invite aussi les prêtres à étudier sans cesse la Parole de Dieu en lien avec les enjeux actuels pour notre monde. C’est ce qu’on appelle la « foi en quête d’intelligence », la foi qui cherche à comprendre et sans cesse est confrontée à un monde en développement, confronté sans cesse à de nouveaux défis, défis qui sont aussi ceux de l’Eglise.

Vatican II nous enseigne que : « La fonction des prêtres, en tant qu’elle est unie à l’ordre épiscopal, participe à l’autorité par laquelle le Christ édifie, sanctifie et gouverne sons corps. » Il participe à la mission e sanctification par laquelle se poursuit l’œuvre du Christ en ce monde sous la mouvance de l’Esprit Saint. Mais cette œuvre n’est pas la sienne, cette Parole n’est pas la sienne. Comme le précise Vatican II, le prêtre n’est que l’intendant de ces mystères. Il est envoyé par le Christ et il agit en son nom. La Parole du prêtre se doit d’être une Parole prophétique, en ce sens où elle annonce la volonté de Dieu, ses désirs sur les hommes, les appels qu’ils nous fait, ainsi que les exigences de notre vie d’homme. Le prêtre ne doit donc pas avoir peur de parler, d’interpeller, de se faire pauvre avec les pauvres, de pleurer avec ceux qui pleurent, de porter la souffrance et le souci des exclus, des opprimés, d’être le défenseur des marginalisés, et être capable de dénoncer quand le péché domine. Il ne doit jamais oublier que la Parole qu’il porte et annonce, cette Parole qui lui est confiée, est une parole prophétique.

Conclusion: Comme le souligne le Pape Benoît XVI dans son homélie pur la Messe chrismale, le premier avril dernier (2010), comme prêtres, nous sommes –comme l’écrivait Saint Paul - « collaborateurs de votre joie » (2 Cor 1, 24). » Il faut sans cesser prier pour les prêtres afin qu’ils soient fidèles à cette mission qui leur est confiée par le Seigneur.