PP. Christian NKENGURUTSE, S.J. et Marcel UWINEZA, S.J.

 

Les Jésuites œuvrant en Afrique orientale contre la pandémie du VIH/SIDA

Du 15 au 20 janvier 2009, au centre spirituel de Kiriri, le Réseau Jésuite Africain contre le SIDA (AJAN – African Jesuit AIDS Network) en collaboration avec le service jésuite de la Région Rwanda-Burundi contre la pandémie en question (YEZU MWIZA), a organisé une réunion des jésuites de l’Afrique de l’Est y compris de la RDC, surtout ceux de la partie Est du pays) qui travaillent dans la lutte contre ce fléau. Une vingtaine des jésuites et deux laïques avaient répondu à cette invitation de l’AJAN. Quant au thème de la réunion, elle était libellé comme suit en anglais : « In eastern Africa to respond to HIV and AIDS effectively, evangelically and in a coordinated manner »

Le jeudi 15 janvier 2009, tous les invités étaient bien arrivés et installés au centre Emmaüs bien avant midi où le soleil était relativement accablant. Dans l’après-midi certains d’entre eux sont descendus pour rendre visite au Lycée du Saint-Esprit. Ils y ont trouvé certains des compagnons à pied d’œuvre, et y ont apprécié l’état des infrastructures. Le soir, après l’eucharistie présidée par le P. Michael CZERNY, S.J., Coordinateur de l’AJAN, et le souper, les invités se sont rencontrés pour quelques points pratiques nécessaires pour mener à bien la réunion en question. Après cette brève rencontre, il s’en est suivi une soirée courte mais significative pour continuer à nous connaître autour d’un verre.

Le long de la journée du 16 janvier était indubitablement chargé. En effet, la séance prévue du jour a été bel et bien introduite par une prière d’offrande dirigée par le frère Cyprien MWITHIA, S.J. de l’AOR. Ensuite l’on a démarré avec le programme du jour qui était de présenter le profil de chacun dans son ministère ou apostolat contre la pandémie, sous la médiation du Père Michael CZERNY. A l’écoute de chacun des participants, il va sans dire que la Compagnie de Jésus n’oublie personne dans ce combat contre ce fléau : les élèves, les prisonniers, les membres de l’un ou l’autre mouvement d’action catholique ou groupe de prière, les personnes analphabètes, les orphelins et enfants vulnérables, les couples discordants, etc., tous sont sensibilisés, assistés d’une manière ou d’une autre dans cette perspective. Les orphelins et les personnes infectées ou affectées du SIDA reçoivent une attention particulière dans leurs soins et la scolarité. En outre, ils bénéficient d’une assistance financière pour leur permettre de générer des revenus, au lieu d’attendre et de croiser les bras en vivant toujours aux dépens des bienfaiteurs quelconques. Par ailleurs, ces activités génératrices de revenus contribuent à la lutte contre la pauvreté, la marginalisation et l’isolement des victimes du SIDA. Ces dernières y retrouvent le goût de travailler et s’y sentent encore utiles dans la société. Les participants n’ont pas oublié d’évoquer une assistance spirituelle que les bénéficiaires reçoivent : elle leur permet de tenir tête à ce fléau qui leur nuise à petit feu la santé et le moral. L’espérance et la patience leur procurent en effet la paix et la sérénité dans la gestion des stigmates du SIDA. Les moyens de prévention et l’éducation à la sexualité n’ont pas été aussi dans les oubliettes dans ce partage.

Quant aux défis, l’on en a répertorié un certain nombre important : l’insuffisance des moyens financiers, la pauvreté et la misère, l’accès difficile aux anti-rétroviraux, les tabous culturels qui ne favorisent pas facilement l’éducation à la sexualité, la prévention, et l’éradication des stigmates, l’analphabétisme qui enfonce davantage dans l’ignorance, le syndrome de dépendance, etc.

Le lendemain, dans la matinée, nous avons écouté lé P. Marcel UWINEZA, S.J. qui nous a bien parlé des principes fondateurs du ministère de l’AJAN dans la lutte contre le SIDA. Ces derniers sont inspirés du plan d’action de l’Eglise Catholique au Kenya. Il a bien expliqué la politique de l’Eglise Catholique contenue dans son document intitule This We Teach and Do. Dans l’ensemble, ces principes fondateurs promettent la formation des consciences, l’éthique de responsabilité, et l’acquisition des valeurs spirituelles qui permettent d’enjamber tout obstacle dressé par le SIDA. La moralité de l’abstinence et le découragement de l’usage des préservatifs sont toujours recommandés comme moyens efficaces de prévention contre ce fléau. Cependant, cela a suscité quelques controverses comme la pertinence de l’usage des préservatifs dans les couples discordants (dont l’un ou l’autre conjoint est séropositif). L’issue n’a pas été difficile de trouver : il convient de laisser au couple de prendre une décision qui leur convient pour bien vivre leurs relations matrimoniales et d’en assumer toute implication possible. Ici la dimension d’une conscience bien formée est pertinente et les Jésuites peuvent donner une contribution dans ce domaine. Cette session sur les principes fondateurs nous a aidés à être des ‘prométhées’ au lieu d’être des ‘epiméthées’ (c’est-a-dire des gens qui réfléchit avant d’agir) surtout quand il s’agit d’expliquer la position de l’Eglise Catholique en matière de sexualité. Une bonne compréhension est nécessaire.

Le Père Michael CZERNY a aussi élaboré sur Directives du VIH/SIDA pour la Compagnie de Jésus dans l’Assistance d’Afrique et de Madagascar. Le but de ces principes est d’aider les supérieurs majeurs à exercer leur leadership et à prendre des décisions avec une grande clarté, consistance et efficacité sur une longue durée par rapport au VIH/SIDA qui touche notre vivre-ensemble en tant compagnons et nos proches parents. C’est aussi pour aider les supérieurs locaux et autres à donner les soins et les soutiens appropriés à ceux qui sont infectés et affectés. Ainsi, notre lutte contre le VIH/SIDA commence à la maison, à l’intérieur de la Compagnie de Jésus. Le Père Czerny a aussi expliqué aux participants quelques règles pour obtenir un financement à AJAN.

Dans l’après-midi du même jour, les participants de l’AJAN se sont rendus au lieu du Service YEZU MWIZA. Ils y ont trouvé le personnel et quelques bénéficiaires dudit service qui les ont bien accueillis et expliqués en long et en large toute activité qui s’y mène. A la fin des partages que nous avons eu en groupe et après en assemblée plénière, nous avons clôturé la journée par une célébration eucharistique présidé par notre cher Père Régional, le Père Karekezi Augustin qui, dans son homélies remerciant Dieu pour cette œuvre nouvelle de la Région auprès des plus vulnérables de notre Région.

Au retour à Kiriri, les participants ne cessaient de commenter élogieusement sur cette œuvre de la région qui rend service à des centaines de personnes vivant avec le VIH dans tous les quartiers périphériques du BUJUMBURA MAIRIE.

Le surlendemain, les participants de l’AJAN ont pris part aux festivités de l’inauguration officielle du Service YEZU MWIZA rehaussée par de différentes hautes personnalités dont le nonce apostolique, un représentant du ministère de la santé, et un représentant du gouvernement. A la fin de ces festivités, les participants ont noté également combien les bénéficiaires étaient en liesse et fiers des prestations de YEZU MWIZA. C’est pourquoi ils ont félicité le directeur et le personnel de cette œuvre d’avoir réussi à faire accepter les bénéficiaires de leur maladie. Il faut noter combien tous ceux qui étaient présents étaient émus par la joie manifestée par les bénéficiaires de YEZU MWIZA dont la majorité sous traitement antirétroviraux.

A la fin de la fête de YEZU MWIZA, il y avait une petite inquiétude aux yeux des participants : Il ne nous reste qu’un seul jour et nous n’avons pas pu visiter Bujumbura. Que dirions-nous aux confrères qui nous poseront des questions sur l’image de la ville de Bujumbura ? C’est ici ou nous avons réalisé que c’est bien de planifier les choses et éviter une certaine spontanéité. AJAN House avait bien réfléchit sur la question ci-dessus. Nous avions prévu qu’on amènera les participants à Saga plage pour relaxer un peu mais aussi en route vers Saga, les participants ont pu apprécier les nouvelles constructions et routes de Bujumbura. Ils ont du bon temps à Saga autour d’un verre et ceux qui n’avaient pas nagé pendant quelques jours, ils ont eu l’occasion de satisfaire leur besoin.

Le jour suivant, les travaux ont repris et, cette fois-ci, il était question de travailler en groupes pour réfléchir davantage sur les différents points et sujets importants qui ont émergé lors du 1er et du deuxième jour de la réunion. C’est pourquoi, dans l’après-midi, nous avons mis en commun ce qui a été discuté en groupes. Ce qui revenait souvent dans cet échange est le souci d’exactitude des données statistiques de l’état de la pandémie, des moyens possibles de lutte contre toute forme de discrimination due à ce fléau, d’une collaboration efficiente avec les Eglises locales pour une meilleure pastorale dans le cas échéant, de promotion des activités génératrices de revenus pour lutter contre toute forme de dépendance et d’inertie, et de protection efficace des séronégatifs contre la contamination du VIH.

Avant de clôturer la réunion, il a été suggéré à l’AJAN de susciter à chaque entité administrative de la compagnie l’intérêt d’organiser des assemblées pour réfléchir sur l’élaboration et la faisabilité des plans d’action de leurs différents ministères contre le SIDA. Une autre suggestion qui a été émise est la formation des consacrés et du clergé aux méthodes et procédures de traitement psychologique des victimes du VIH/SIDA.

Quant aux mots de clôture, ils ont été prononcés alternativement par les PP. Michael CZERNY, coordinateur principal de l’AJAN, Mimunu Jean Baptiste, délégué du Provincial de l’Afrique centrale, Fratern MASAWE, modérateur du JESAM, et Augustin KAREKEZI, supérieur de la Région Rwanda-Burundi. Les quatre allocutions ont convergé sur la multiplication de telles rencontres afin d’évaluer les fruits de notre mission de « Foi et Justice » dans le cas du SIDA. Elles ont profité de cette occasion pour saluer les prestations et réalisations fructueuses du Service Yezu Mwiza qui est opérationnel depuis une année. A 18.30h, nous avons eu célébration eucharistique présidée par le P. Fratern MASAWE qui, dans l’action de grâce remerciant Dieu qui continue de guider AJAN et qui, pour la première fois eut l’occasion de visiter la Compagnie de Jésus au Burundi. Il était content de sa visite.

Dans la soirée de clôture, les participants ont vivement remercié la communauté jésuite et celle des sœurs BENETEREZIYA de KIRIRI pour l’accueil, et la qualité de leur hospitalité. En peu de mots, on peut dire dans l’esprit du décret deux de la 35 ème Congrégation Générale, que cette réunion d’AJAN à Bujumbura fut « un feu qui [va] engendrer d’autres ».

« A.M.D.G »

PP. Christian NKENGURUTSE, S.J. et Marcel UWINEZA, S.J.

Emmnuël Uwamungu sj.

 

Leur destin est notre vie

Du 15 au 20 janvier 2009, j’ai participé, à Bujumbura, à la rencontre de consultation et à l’anniversaire du Service Yezu Mwiza, organisée par l’AJAN (African Jesuit Aids Network). Je tiens à remercier l’AJAN pour cette rencontre des jésuites engagés dans l’apostolat de lutte contre le VIH et contre ce fléau qu’est le Sida. Cette rencontre m’a permis d’écouter les autres compagnons engagés en paroisses, dans les écoles et dans des centres pour enfants. Leurs témoignages m’ont fort interpellé. Par cette session, nous avons pu nous apprécier mutuellement et nous encourager dans le travail de pardon, de compassion et d’enseignement à l’égard de nos frères et sœurs atteints du VIH et qui souffrent terriblement du SIDA. J’ai pu me rendre compte combien ce travail est un travail de longue haleine et exige de nous patience et courage.

Par cette consultation, en écoutant les expériences des autres dans ce champ immense du VIH et du Sida, j’ai pu apprendre des autres de la réalité complexe de cette maladie qu’est le Sida. Souvent, nous parlons du Sida sans savoir de quoi il s’agit. Beaucoup d’entre nous, à cause de la peur et de la stigmatisation des malades, nous n’osons pas en parler. Si souvent nous avons posé des questions sur notre comportement, c’est pour savoir comment pouvons-nous réagir en face d’un compagnon ou d’un prêtre malade si nous devons, par exemple, communion au même calice ? Cette question nous a tenu en haleine. Tant que nous n’avons pas un membre de famille ou un compagnon atteint de cette maladie, nous n’en parlons pas dans nos communautés. Le VIH et le sida sont des mots tabous souvent dans nos causeries.

Nous sommes appelés à parler du VIH et du Sida dans nos communautés, dans nos apostolats même de temps en temps dans nos homélies pour interpeller, d’une part, nos fidèles qui viennent à la Messe sur la gravité et des conséquences de cette maladie ; et d’autre part, pour susciter leur compassion et leur compréhension à l’égard des malades du Sida.

Ce travail n’est pas facile. L’avenir nous réserve des surprises mais je crois en miséricorde de Dieu. Nous sommes tous des pauvres pécheurs et Dieu ne nous condamne pas, ne nous juge pas, ne nous rejette pas. Par contre, il nous accueille chaque jour et nous pardonne et nous demande d’exercer la miséricorde à l’égard de nos frères et sœurs.

Au cours de cette consultation, nous avons pu nous rendre compte que nous ne connaissons pas assez les documents de l’Église qui défendent le droit à la vie. Les Papes ont pris position contre ce fléau. Les évêques du Rwanda et du Burundi en parlent mais timidement. Les prêtres eux-mêmes ne sont pas formés ni informés et n’ont jamais reçu une éducation adéquate en matière du sida. Nous avons peur de nous jeter dans un océan sans savoir comment nager dans cet océan.

Nous les prêtres, par notre ministère de la parole, nous sommes appelés à former la conscience de nos fidèles. Mais, sommes-nous vraiment bien outillés pour pouvoir affronter et lutter contre ce fléau qu’est le VIH/Sida en formant ces consciences ?

L’autre handicap qui pousse peut-être les prêtres et les compagnons à se taire, c’est le fait que beaucoup de Provinces ou Diocèses n’ont pas une politique claire ni de directives (Policy) en matière du Sida. Notre Région a-t-il une politique claire en matière du Sida et d’Assurance maladie ?

Une question se pose : Nos évêques et nos supérieurs restent-ils sourds à cet appel que les fidèles et les prêtres leur adressent aujourd’hui encore : « Please, give us the support of our faith, give us the guidance and orientation of our church’s teaching, as we deal with the questions, doubts, fears and dilemmas of Kenyans, all of us burdened in one way or another by HIV and aïds. »

Pour terminer, nous pouvons dire qu’une des choses les plus utiles et efficaces que nous puissions faire pour aborder les problèmes posés par le VIH/SIDA est d’en parler entre nous. A travers le dialogue, nous pouvons apprendre de l’autre et comprendre les sentiments et les préoccupations de chacun. C’est aussi l’occasion de commencer un travail collectif permettant de trouver les moyens de protéger nos communautés du SIDA et d’améliorer les conditions de vie des personnes vivant aujourd’hui avec le VIH.

Emmnuël Uwamungu sj.